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LES INCORRIGIBLES

L’éducation politique d’une nation longtemps divisée et troublée comme la nôtre ne saurait être l’œuvre d’un seul jour, ni celle d’une seule année. Malgré les progrès accomplis depuis deux ans sous la sage direction du gouvernement de M. Thiers, nous sommes encore loin d’être arrivés à cet idéal de patriotisme et de sagesse qu’il nous faudrait réaliser à tout prix pour reconquérir à la fois la pleine possession de nous-mêmes et le respect du monde. Nous en avons aujourd’hui une nouvelle et triste preuve dans la crise politique inattendue qui vient d’éclater au lendemain du traité qui réglait la libération du territoire, c’est-à-dire dans le moment même où il semblait que tous les partis dussent faire silence et se réunir en un même sentiment de recueillement et d’apaisement patriotique. Nous sommes probablement destinés à voir d’ici à deux ou trois ans un certain nombre de ces retours en arrière et de ces recrudescences de l’esprit. de parti. Il faut nous y attendre, afin de nous y préparer sans illusion, et de savoir y assister sans découragement, tout en faisant tête à l’orage, comme il convient à des gens qui ont entrepris une longue navigation, et qui n’ignorent pas les difficultés qu’ils ont à surmonter avant d’arriver au port.

On a rarement vu sur la scène politique un changement plus soudain et plus surprenant que celui qui vient de se produire. Hier encore le gouvernement semblait tenir dans ses mains l’assemblée nationale, le parti républicain et l’opinion même de la France ; la fondation de la république et d’une république conservatrice paraissait une chose infaillible dans un délai de quelques mois. Le parti républicain se résignait presque à voir l’assemblée du 8 février faire honneur à son titre de constituante en organisant la république définitive ; il ne demandait plus au gouvernement que des garanties pour l’intégrité du suffrage universel. De leur côté,