Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/351

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


les partis monarchistes se sentaient à peu près vaincus d’avance ; malgré le secret dépit qu’ils éprouvaient de la prompte libération du territoire, ce « coup monté contre l’assemblée », ils hésitaient beaucoup à engager un combat dont l’issue n’était plus guère douteuse. Le grand public laborieux et paisible, la grande masse des honnêtes gens qui n’appartiennent à aucun parti et qui se contentent d’aimer leur pays sans y entendre malice, se réjouissait naïvement d’un événement qui devait couper court aux intrigues et aux discordes parlementaires en permettant au gouvernement de consulter le pays et d’éclaircir ainsi son avenir.

Tout a-t-il donc changé ? On le dirait, à entendre les clameurs que poussent les adversaires du gouvernement et à voir le découragement dont quelques-uns de ses partisans sont frappés. Il y a un mois, il dominait les factions ; aujourd’hui ce sont les factions qui annoncent tout haut qu’elles vont le renverser. Hier il était l’arbitre des partis extrêmes ; aujourd’hui tous ses ennemis se démasquent. Non-seulement une opposition nouvelle s’est formée dans le camp républicain contre le gouvernement de la république, mais l’opposition monarchique elle-même remonte sur son cheval de bataille ; elle renaît à l’espérance, grâce au concours inattendu que lui apportent les fautes du parti radical. Il ne lui suffit plus d’avoir amené le gouvernement à composer avec elle et à respecter tous ses scrupules en renonçant à proclamer l’institution de la république définitive, en lui permettant de faire toutes les réserves qui pouvaient mettre en repos les consciences monarchistes ; il ne lui suffit plus d’avoir arraché à la faiblesse du ministère de prétendues lois conservatrices qui ne servent qu’à doubler les forces du parti radical ; il ne lui suffit même pas d’avoir fait tomber de son siège l’homme éminent et intègre qui présidait depuis deux ans l’assemblée nationale : elle ne prétend à rien moins qu’à réaliser avant peu le programme du gouvernement de combat. En attendant, elle cherche des combinaisons électorales qui soient « un affront pour la république et une menace pour, M. Thiers. » Elle se console d’ailleurs aisément des succès du parti radical. Elle se flatte que les excès de la démagogie l’aideront à en finir plus vite avec la république et avec le suffrage universel.

Quant aux radicaux, ces autres incorrigibles qui faisaient semblant d’être corrigés, on sait l’attitude qu’ils ont prise dans ces derniers temps. Tout en gardant certains ménagemens de langage qui ne peuvent tromper aucun homme sérieux, ils paraissent croire que le moment est venu de n’en plus garder aucun dans leurs actes. Ils ont passé, comme les monarchistes, à l’état d’opposition déclarée, et ils travaillent avec enthousiasme à fournir des armes à la