Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/354

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départ des armées étrangères pour démasquer leurs projets hostiles. Quelles que soient les difficultés de l’heure présente, il faut que le gouvernement leur réponde par des résolutions décisives ; il faut qu’il prévienne leurs entreprises en prenant hardiment l’initiative des mesures qui peuvent seules le sauver, et que la France entière attend de lui. Cela est d’autant plus nécessaire que, quoi qu’il arrive, un appel au pays est devenu inévitable dans un temps prochain, et que tout gouvernement qui succéderait à celui de M. Thiers devrait lui-même inaugurer son règne par des élections nouvelles.

L’assemblée se félicitait hier, par la bouche de son nouveau président, d’avoir rempli la première moitié de sa tâche et de pouvoir se consacrer tout entière à la seconde moitié. Le gouvernement peut en dire autant de son côté. Le moment est venu pour lui d’en finir avec la politique d’équilibre, de concession et d’impuissance, dont il a dû se contenter trop longtemps. Il va dorénavant consacrer tous ses efforts à la fondation d’une république légale et durable ; il va pouvoir mettre l’assemblée nationale en demeure de donner aux seules institutions qui soient aujourd’hui possibles la sécurité, les garanties d’avenir qu’elles réclament. Si l’assemblée consent à l’y aider, et si c’est ainsi qu’elle comprend la seconde partie de son œuvre, tout est pour le mieux ; il faut alors lui pardonner ses longues résistances, ses récriminations obstinées, ses perpétuels et impuissans essais de révolution monarchique et tout le mal qu’elle a fait jusqu’à ce jour à la cause de l’ordre sous prétexte de la défendre à sa façon. Si au contraire elle entend par là que le moment est venu de se concerter avec les radicaux pour monter à l’assaut du pouvoir et pour en finir plus vite avec la république, il faut s’attendre à une longue et confuse mêlée, qui ne pourra se terminer que par la dissolution violente de l’assemblée nationale et par le profond abaissement du parti conservateur. En ce cas, l’opinion conservatrice n’aura rien à gagner à la prolongation des pouvoirs de l’assemblée actuelle ; plus la dissolution serait prochaine, et mieux cela vaudrait pour les conservateurs. C’est au point de vue des intérêts conservateurs qu’il faut répéter aujourd’hui plus haut que jamais ce cri impérieux de l’opinion : « la république ou la dissolution ! »

A moins de déclarer sans déguisement qu’ils n’en veulent qu’à la république et qu’ils sont décidés à ne jamais se réconcilier avec elle, les conservateurs n’ont plus aucun prétexte pour bouder le gouvernement de M. Thiers. Jusqu’à présent, s’il faut les en croire, c’est l’horreur du radicalisme, ou mieux encore la haine personnelle des radicaux eux-mêmes qui les a éloignés de la république. Ils ne voulaient à aucun prix paraître accepter l’alliance de ceux qu’ils