Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/362

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démission, et, au lieu d’avouer honnêtement sa faute, elle triomphe le lendemain de cette triste victoire.

Comment le spectacle de tous ces désordres commis au nom du parti conservateur ne jetterait-il pas le trouble et l’incertitude dans les esprits ? Que peut-on augurer de sage et de sensé d’un parti aussi prompt à se démentir, aussi inconséquent dans ses actes ? Si la droite s’obstine à ne pas comprendre qu’elle est elle-même en grande partie la cause des progrès menaçans du parti radical, il faut s’attendre à voir l’assemblée nationale épuiser ce qui lui reste de vie dans de stériles et cruelles agitations. Alors ses derniers momens, au lieu d’être consacrés à donner au pays des institutions sages, ne seront qu’une perpétuelle et inutile bataille entre la république et la monarchie. Laquelle vaincra ? Ce ne sera certainement pas la monarchie, mais ce ne sera pas non plus la république. Personne au fond n’en profitera, sinon peut-être les partis violens, ceux qui ne craignent pas d’employer des moyens immoraux, et qui ne recherchent que le succès de l’heure présente, — le bonapartisme ou la démagogie.

L’assemblée a décidé dernièrement que le gouvernement serait chargé de lui présenter des projets sur les diverses matières législatives et constitutionnelles qui ont fait l’objet des travaux de la commission des trente. Tout dépend de l’accueil qui sera fait à ces propositions. C’est alors qu’on verra se mesurer les deux politiques qui se disputent depuis deux ans le titre glorieux de conservatrice : on verra d’une part la politique modérée, conciliante, impartiale, de M. le président de la république, et de l’autre la politique étroite, acerbe, provocatrice, du « gouvernement de combat. » Du succès de l’une ou de l’autre dépendra non-seulement l’avenir du parti conservateur, mais encore celui des libertés de la France. Si la conciliation que le gouvernement a entreprise entre le parti conservateur et la démocratie venait à échouer par malheur, c’en serait fait tout à la fois et du parti conservateur et de la république elle-même. Tout plierait pendant quelque temps devant la faction radicale ; mais bientôt le parti républicain s’épuiserait dans son isolement, comme le parti conservateur dans son inaction et dans son impuissance, et quelque dictature ancienne ou nouvelle recueillerait encore une fois leurs débris.

Il y a deux points essentiels sur lesquels il faut absolument que l’assemblée se prononce et qu’elle rassure le pays : il faut que les nouvelles lois organiques aient un caractère conservateur, mais sans aucune apparence de réaction ; il faut en outre qu’il ne reste plus aucun doute sur la forme définitive du gouvernement et sur la sincérité de l’institution républicaine. Des lois de réaction ne fortifieraient pas l’opinion conservatrice ; elles ne pourraient lui inspirer