Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/369

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


le gouvernement de M. Thiers, comme si la fondation d’une république honnête, à laquelle la France devra son salut, n’était pas une récompense suffisante pour des républicains aussi dévoués et aussi austères ! Ils s’écrient que la patience humaine a des bornes, et que M. Thiers les a dépassées ; ils consentent bien à vendre leur concours, mais ils entendent le faire payer plus cher, Ils sont outrés de voir que le président de la république conserve des ministres pris dans le centre droit, comme si la gauche à elle seule pouvait former une majorité dans la chambre, et comme si les ministres dont ils se plaignent n’étaient pas en définitive les meilleurs que le gouvernement pût trouver. Ils sont outrés de voir que le ministère s’est laissé imposer par la droite une ou deux mauvaises lois, et surtout des mesures d’exception aussi dangereuses qu’impuissantes contre la municipalité lyonnaise. Eh quoi ! c’est à cause d’une loi d’exception temporaire, dont les effets dureront quelques mois à peine et qu’on pourra défaire quand on voudra, que des républicains abandonnent un gouvernement qui est la sauvegarde de la république ! C’est pour l’amour des franchises municipales et pour l’honneur de la mairie lyonnaise que des hommes politiques qui se croient sérieux livrent à leurs ennemis tout l’avenir de la France ! Eh ! leur dirions-nous volontiers, cette loi d’exception, cette loi réactionnaire, si elle mérite tous ces reproches, savez-vous à qui elle nuira le plus ? Au parti conservateur et à la politique modérée ; quant à vous, elle vous a déjà rendu service, elle a fait du bien à votre secte, puisqu’elle a fait du mal à la république. La preuve en est dans l’attitude arrogante que vous croyez pouvoir prendre, dans l’ardeur avec laquelle vous vous êtes jetés sur cette précieuse occasion de ranimer la flamme du radicalisme mourant. Auriez-vous jamais eu l’audace de faire ainsi la grosse voix, de parler au gouvernement sur ce ton de supériorité moitié sévère et moitié protectrice, s’il n’avait pas commis cette bienheureuse faute que vous bénissez tout en la lui reprochant ?

Avouez-le, votre principal but en suscitant ces embarras au président de la république est de vous donner plus d’importance et de ressaisir un peu de votre prestige, si fortement endommagé il y a deux ans ; mais la politique n’est pas seulement un théâtre d’où l’on cherche à éblouir la foule et où les divers acteurs de la pièce cherchent à s’éclipser mutuellement. C’est un champ de bataille où il faut vaincre, où les divisions sont toujours fatales, où les défections de la dernière heure amènent forcément la défaite. On n’y manœuvre pas au hasard et selon l’inspiration ou la fantaisie du moment ; on doit avoir un but pratique, un plan de campagne sérieux et raisonné. Quel est donc le vôtre ? Qu’espérez-vous faire au milieu de l’assemblée nationale, où vous êtes un contre dix ? Si