Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/368

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des succès qu’ils devaient uniquement à leurs adversaires ; ils ont pris pour une adhésion à leur politique des marques de confiance qui ne s’adressaient qu’à la sagesse momentanée de leur attitude et à la modération affectée de leur langage. Ils ont cru que la France votait pour les loups, quand elle ne votait que pour la peau d’agneau dont ils s’étaient revêtus. Toute leur influence vient justement de ce qu’ils ont paru renoncer pendant deux ans à exercer une influence de parti, de ce qu’ils ont fait de louables efforts pour dépouiller le vieil homme et pour devenir à leur tour un vrai parti de gouvernement. Ils ont su mettre en avant leurs personnes tout en effaçant prudemment leurs ambitions, et c’est par cette manœuvre habile qu’ils ont fait évanouir les préventions et les craintes qu’ils avaient de tout temps inspirées à la France. Nous n’aurions garde de les en blâmer, mais nous tenons à les avertir qu’ils se font illusion sur leurs forces. Qu’ils retournent à leurs anciens erremens, et ils verront bientôt s’ils ont converti la France à la politique radicale. Ils ne tarderaient pas, après un triomphe éphémère, à la dégoûter encore une fois de la république.

« Nous, sommes patiens et sages ! » ne cessent-ils de lui dire depuis deux ans ; « nous sommes le vrai parti de l’ordre, les vrais amis du gouvernement ; ce sont les monarchistes qui sont les perturbateurs, » — et franchement on était tenté de les croire. « Sans doute, ajoutaient-ils, la conduite et les doctrines du gouvernement ne nous conviennent pas sans réserves ; mais le patriotisme et le sentiment de l’intérêt national nous commandent de sacrifier nos convictions particulières jusqu’à la libération du territoire, jusqu’à la dissolution de l’assemblée, et même jusqu’au complet établissement d’une république définitive. Nous sommes avant tout les défenseurs respectueux et résolus de la légalité républicaine, nous saurons nous résigner à tous les genres d’abnégation pour la maintenir. Nous ne pratiquerons pas seulement ce genre de désintéressement inférieur qui consiste à se passer des emplois publics, nous nous montrerons encore capables de cette autre espèce de désintéressement cent fois plus difficile et plus rare, celle qui consiste à mettre de côté bien autre chose que nos ambitions personnelles, — nos passions, nos convenances et nos ambitions de parti. » Or les voilà déjà qui manquent à ces belles promesses. Le pays, qui les avait crus, pourrait maintenant leur dire : « Vous n’étiez pas sincères ; vous n’avez ni désintéressement, ni modération, ni prévoyance. Vous aussi, vous êtes de faux patriotes. Les radicaux et, les réactionnaires se valent. Arrière les uns et les autres ! Place à la véritable opinion de la France ! »

On sait ce que les radicaux répondent à ces reproches ; : ils prennent des airs de victimes, ils se plaignent d’avoir été exploités par