Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/371

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vous êtes, pour réparer le mal que vos ennemis se sont fait à eux-mêmes. Vous allez très charitablement rétablir l’équilibre au profit de la droite ; avec la majorité parlementaire que l’on connaît, vous n’aurez pas besoin de pousser bien fort pour faire pencher le gouvernement de l’autre côté. Continuez donc, ô profonds calculateurs, à donner des leçons à M. Thiers. Non-seulement vous comblez les vœux de la réaction en affaiblissant le gouvernement de la république, mais encore vous faites tout au monde pour forcer le gouvernement à vous trahir !

Ce danger vous laisse incrédules ? Vous ne craignez pas que le gouvernement vous trahisse, lors même que vous l’auriez mérité. Vous en avez pour garans son patriotisme, la sincérité de ses convictions, l’honnêteté de son caractère, la fermeté de son bon sens. — Mais alors pourquoi affectez-vous de le mettre en défiance ? pourquoi vous semble-t-il nécessaire de lui donner des leçons ? pourquoi prétendez-vous le soumettre à des soupçons injurieux, à une tutelle humiliante, et lui donner pour surveillans je ne sais quelles médiocrités du parti radical ? Ah ! sans doute, quoique justement blessé de vos attaques, il ne vous trahira pas, il ne trahira personne, parce qu’il n’est l’instrument d’aucun parti, et qu’il ne veut servir que la France. Votre sécurité est le plus grand hommage que vous puissiez rendre à sa loyauté et à son patriotisme. L’opposition injuste et téméraire que vous vous amusez à lui faire est la plus grande marque de confiance que vous puissiez lui donner.

Réactionnaires ou radicaux, incorrigibles de tous les partis, il est grand temps que la France vous répudie les uns et les autres. Vous êtes également téméraires et également dangereux. Vous faites les uns et les autres de la politique de combat. La trêve politique et sociale, la sage médiation que le gouvernement vous impose vous pèse également à tous. Vous êtes impatiens de pouvoir enfin vous mesurer face à face et vous déclarer une guerre sans rémission. Votre ennemi commun est celui qui vous oblige à vivre en paix. Essayez de le chasser, si vous pouvez ; mais n’attendez pas qu’il vous cède la place sans résistance. A gauche comme à droite, de quelque côté que vous veniez, on vous combattra, puisque vous voulez la guerre. On ne vous laissera pas recommencer ces luttes impies qui ont déjà trop souvent déshonoré notre histoire, compromis nos libertés et troublé notre repos.


IV

Qui ne doit comprendre que l’heure où nous sommes est solennelle et décisive pour l’avenir de la France ? Qui ne sent que le rétablissement de notre puissance et de notre bonne renommée