Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/376

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situation de la France impose au chef du gouvernement est plus grand que celui d’un chef de ministère, plus grand que celui d’un chef d’état constitutionnel. Ce rôle consiste à ne pas craindre d’assumer la responsabilité de l’avenir, et de peser par tous les moyens honnêtes à la fois et sur l’assemblée et sur le pays, — sur l’assemblée, pour la décider à respecter la souveraineté nationale et à consulter autre chose que ses préventions ou ses espérances, — sur le pays, pour l’accoutumer lui-même au respect des formes légales, à la sage pratique du régime parlementaire, à l’exercice sérieux du droit électoral. Sans renouveler en aucune façon les procédés des candidatures officielles, il faut que le pouvoir lui-même prenne une attitude assez claire pour que personne n’ignore ou ne fasse semblant d’ignorer quelle est sa politique. Il ne faut pas qu’on arrive aux élections prochaines avec un gouvernement affaibli, avec une opinion publique effrayée, livrée aux passions des partis extrêmes ou dégoûtée par le spectacle de leurs violences. Il est indispensable que l’on agisse et que l’on parle de manière à servir de boussole à la conscience nationale, égarée par les déclamations des partis.

La paix publique elle-même en dépend. Le péril qu’il faut conjurer n’est pas un péril immédiat ; mais il apparaîtra dans un avenir prochain. A l’heure qu’il est, l’existence du gouvernement n’est pas encore menacée. Ni l’une ni l’autre des deux oppositions qui le battent en brèche ne peut avoir la dangereuse ambition de le renverser avant l’affranchissement complet du territoire ; cependant elles peuvent d’ici là troubler les esprits, égarer les consciences, soulever les passions endormies et saper d’avance les fondemens de cette république conservatrice, de cette grande et patriotique entreprise à laquelle le gouvernement s’est dévoué. L’apaisement moral auquel il travaille avec tant de persévérance, et dont ses successeurs doivent recueillir les fruits, peut être gravement compromis, si l’on n’y prend garde, par les impatiences coupables de ceux même qui prétendent à sa succession.

Voilà pourquoi il importe que le gouvernement agisse sans retard et que le libérateur du territoire fasse lui-même entendre sa voix pour imposer silence aux factions. Qu’il leur fasse connaître au plus tôt les conditions de la paix qu’il se propose de conclure entre les conservateurs et la république, entre l’assemblée et le pays. Qu’il leur demande une solution prompte, telle que l’exige la gravité dû péril. Qu’il ne laisse pas ajourner encore une fois l’exécution du message, car ces perpétuels ajournemens sont pour lui-même une cause de faiblesse, et ils sont une cause de trouble pour le pays. Qu’il n’abandonne pas l’exécution de ses projets aux caprices de ses adversaires ; qu’il sache, s’il le faut, couper court à leurs