Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/375

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s’il veut tuer la politique conservatrice et donner la majorité au parti radical. Quant à ce grand parti conservateur au nom duquel aiment à parler les partisans de la monarchie, et dont ils paraissent se croire naïvement les maîtres, il est difficile d’y voir autre chose qu’une enfantine illusion. Ce parti n’existe pas en dehors de la république. Supposons que le gouvernement ait la fantaisie d’arborer un drapeau monarchique, et l’on verra ce que deviendra le grand parti conservateur. Les partisans des autres monarchies se joindront sur-le-champ aux révolutionnaires, et ils essaieront encore de démontrer qu’ils sont les seuls vrais conservateurs !

« Ni radical, ni réactionnaire, » telle doit être aujourd’hui plus que jamais la devise du gouvernement de M. Thiers. Quoi qu’on fasse de part et d’autre pour le dégoûter de cette politique, il ne doit pas donner le spectacle d’une palinodie aussi honteuse qu’inutile. Désormais ses efforts doivent tendre à dissiper toute incertitude, à ne plus laisser de prétexte à l’équivoque, à mettre dans ses actes la précision, la clarté, l’inflexible fermeté que les circonstances commandent. Sans perdre tout espoir de corriger les partis extrêmes, il doit, à partir de ce jour, cesser d’agir directement sur eux. C’est sur les opinions moyennes, sur les conservateurs de bon sens, sur les républicains modérés et honnêtes, qu’il doit s’appuyer uniquement, sans se préoccuper de savoir s’ils sont les plus forts ou les plus faibles. Ne fussent-ils dans l’assemblée qu’une élite insignifiante, ils sont la majorité dans le pays, et le bon exemple qu’ils auront donné ne sera pas perdu. Jusqu’à présent, le gouvernement s’est fait un devoir, comme il l’avait promis à Bordeaux, « de ne favoriser aucun parti, » et de s’appuyer également sur tous ; il l’a fait dans le louable désir de mener à bonne fin la libération du territoire et de préparer les partis eux-mêmes à des solutions pacifiques. Nous ne voulons pas dire qu’il ait eu tort de témoigner aux partis plus de confiance qu’ils n’en méritaient ; mais à présent que l’heure est venue d’agir et de prendre des résolutions suprêmes, il faut qu’il choisisse un point d’appui plus étroit et plus ferme, où il n’ait pas à craindre de voir le sol se dérober brusquement sous ses pieds. Après avoir essayé de gouverner avec l’assemblée tout entière et recherché successivement le concours de tous les partis, il faut qu’il marche hardiment en avant, suivi du centre gauche, de la gauche modérée et des hommes du centre droit qui auront assez de patriotisme et de sagesse pour lui venir en aide. Il faut qu’il cesse d’implorer la tolérance des partis extrêmes, et qu’il ne craigne pas d’aller droit au but, sans s’embarrasser d’alliés compromettans ou perfides.

Pourquoi ne pas le dire comme chacun le pense ? le rôle que la