Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/379

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nouveau qui lui est confié. L’histoire comparée des religions est aujourd’hui la première et la plus féconde des sciences religieuses. C’est elle aussi qui répond le mieux à notre besoin moderne d’universelle compréhension et de tolérance. Impartiale par son principe, elle ne justifie aucun de ces jugemens absolus que les anciens dogmatismes prononçaient si lourdement à la fois et si légèrement, quand ils mettaient d’un côté toute la lumière et de l’autre toutes les ténèbres. Comme toute histoire, elle se meut nécessairement sur le terrain du relatif ; mais pour l’œil du philosophe, c’est le relatif qui révèle l’absolu, c’est la série des faits contingens qui permet de discerner la loi souveraine qui les régit.

Parmi les résultats vérifiés de cette science contemporaine, il faut assigner une des premières places à l’importance particulière du groupe des religions sémitiques. C’est dans le sein de ce groupe que se trouve le secret des origines du monothéisme, le veux dire du monothéisme à l’état de croyance populaire, — car il est bien démontré que ce n’est pas la réflexion philosophique qui l’a jamais engendré sous cette forme. Une fois constitué dans la foi des populations, il a emprunté à la philosophie des définitions plus rigoureuses, des argumens plus rationnels ; mais s’il est quelque chose d’indubitable pour tous ceux qui se sont adonnés à ce genre de recherches, c’est que les religions ne proviennent pas des écoles : elles ont pour origine des sentimens, des aperçus intuitifs, et non pas des déductions méthodiques. Le fait que le sémitisme est l’ancêtre commun des trois grandes religions monothéistes, le judaïsme, le christianisme et l’islamisme, se détache avec une telle vigueur de l’énorme masse ambiante que de bonne heure on a pu poser en principe un rapport de dérivation naturelle, difficile peut-être à préciser, mais d’une incontestable évidence. Peut-être même, sur la foi de cette évidence, a-t-on présenté quelquefois ce rapport sous une forme trop absolue. Dire simplement que le monothéisme est le fruit spontané du génie sémitique, c’est avoir l’air de passer sous silence une foule de phénomènes d’apparence contraire, et que n’ont pas manqué de relever tous ceux dont une pareille thèse contrariait les opinions préconçues. Par exemple, ils pouvaient objecter que le monothéisme ne fut admis que par une faible minorité des vieux Sémites, que longtemps même il s’est borné à la reconnaissance d’un dieu qu’il fallait adorer à l’exclusion des autres, dont ni l’existence ni le pouvoir n’étaient niés pour cela, — monolâtrie plutôt que monothéisme, — que, même au sein du peuple le mieux disposé à l’adopter, il ne s’établit qu’après des luttes prolongées, parfois sanglantes, pendant lesquelles il faillit souvent sombrer pour toujours. Tout cela doit être reconnu ; seulement il ne faut pas