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Phénicie des architectes et des charpentiers. Nous savons que le roi Salomon fit venir de cette ville des ouvriers pour son temple, et que les riches armateurs de Tyr y faisaient construire leurs vaisseaux.

Comme les Israélites, les Phéniciens sont venus d’une région plus orientale que le pays où l’histoire nous les montre établis, les plus vieilles traditions leur assignent pour berceau le sud de la Mésopotamie et les bords du Golfe-Persique. De même que les Moabites, les Hammonites, les Édomites et tous ces groupes de population sortis des régions de l’Euphrate et dont le peuple d’Israël faisait aussi partie, ils s’établirent dans ce pays de Canaan ou Pays-Bas, qui semble avoir attiré comme par une sorte de mirage des nuées de tribus émigrantes. Quand les Abrahamides, dont une branche devait plus tard former l’Israël de la Bible, s’avancèrent à leur tour dans la même direction, les côtes étaient déjà fortement occupées, et ils n’eurent aucune envie de s’en emparer. Plus tard, les Israélites durent également y renoncer. Les Phéniciens étaient de même race et, jusqu’à un certain point, de même langue que les Israélites, et tout fait supposer qu’il en faut dire autant des Cananéens qu’ils trouvèrent déjà établis dans la même contrée, du moins à l’intérieur des terres. Ces Cananéens, tout amollis qu’ils parussent aux yeux des nouveaux émigrans, se défendirent de leur mieux contre les envahisseurs, et parvinrent même quelquefois soit à les refouler, soit à les assujettir. Ils finirent pourtant par succomber. Il y avait entre les envahisseurs et les envahis une différence religieuse très marquée, bien que le fond mythologique présentât de grandes analogies, et cette différence eut des conséquences prolongées. Tandis que les dieux des tribus nouvelles étaient sévères, sombres, cruels même, et qu’il fallait les apaiser avec du sang, les dieux cananéens étaient sourians, joyeux, et le culte qu’on leur rendait sensuel et voluptueux. Il y eut une lutte d’influence entre ces deux conceptions de la nature divine, une lutte qui est bien marquée dans l’histoire religieuse d’Israël ; mais il y eut aussi en d’autres endroits une espèce d’amalgame, et tandis que le peuple de Jéhovah parvint enfin à expulser tous ou presque tous les élémens cananéens qui s’étaient introduits dans sa religion nationale, chez les Phéniciens il se constitua un mélange qui dura jusqu’aux derniers jours de la nation.

C’est du moins ce qu’il est permis d’avancer sur la foi des documens peu nombreux et obscurs qui peuvent servir à nous renseigner sur le passé religieux des Phéniciens. Les inscriptions, recueillies en grand nombre dans les dernières années, attendent encore une interprétation qui ne laisse plus prise au doute. Les