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Shemesh est le soleil chevelu ou rutilant (le Sam son des Hébreux), Zébub un autre soleil, mais sous forme d’une mouche énorme qui vole. Évidemment Baal est un titre, un nom d’honneur : il signifie le maître, le seigneur, et c’est dans ce sens qu’il est préposé au nom particulier d’un grand nombre de divinités, surtout célestes, car on peut remarquer la rareté de cette appellation quand il s’agit de divinités terrestres ou ténébreuses. C’est plus tard seulement, et lorsque le sens de la religion antique se fut évaporé, qu’il fut possible de considérer Baal comme un dieu distinct. Les historiens hébreux n’ont pas tort quand ils parlent des Baalim au pluriel : ce sont les divinités phénico-cananéennes. Pourtant l’histoire biblique favorisa la confusion que nous relevons ici à partir du moment où le nom de Baal, qui se prenait en bonne part dans les premiers temps et pouvait s’appliquer à Jéhovah comme à d’autres dieux, prit une signification odieuse et ne servit plus qu’à désigner l’objet d’une religion étrangère et abhorrée. Il faut étendre la même observation à Molek, Moloch, Melek, qui signifie le roi, à El, le fort, à Adon, que les Grecs changèrent en Adonis, qui exprime également l’idée de seigneurie, de souveraineté, et qui, traditionnel aussi chez les Hébreux, est resté canonique sous la forme d’Adonaï. On peut en dire autant de Baaltis, la maîtresse, la dame. La chose est plus douteuse pour Astarté (Ashtoret) et Aschera, l’épouse amoureuse du dieu du ciel. On les reconnaît toutefois sous divers noms, pour la plupart figurant dans la Bible comme des noms de femme, Ribqa (Rebecca) la nourricière, Léa la terre cultivée, Tamar l’aimable, etc. C’est à tort qu’on a voulu fonder sur ces dénominations communes à plusieurs divinités l’hypothèse d’un monothéisme primitif dont la mythologie ultérieure serait la dégénérescence. Cette hypothèse, chère encore aujourd’hui à beaucoup de théoriciens de la religion primitive, perd de plus en plus toute vraisemblance historique.


II

Envisageons maintenant de plus près les diverses formes de la religion phénicienne, en prenant d’abord celle dont le siège principal était à Gebal, Byblos la sainte, objet d’une vénération prolongée et pour ainsi dire universelle.

Lorsque le printemps allait finir et que les ardeurs de l’été commençaient à dessécher les campagnes, on célébrait dans les murs de Byblos une fête lugubre. Les rues, les temples retentissaient de cris déchirans ; la « flûte pleureuse » les accompagnait de ses sons perçans. Des femmes, les cheveux épars ou coupés, quelques-unes