Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/390

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


parisien n’en voulait rien croire, parce que, disait-il, là comme partout, les pères, les frères et les maris y auraient mis bon ordre !

Nous reviendrons sur ce genre, si étrange pour nous, de culte symbolique, ainsi que sur plusieurs autres horreurs de l’antique religion phénicienne ; pour le moment, bornons-nous à démêler le sens de ces solennités bruyantes. Le point de départ est évidemment la lutte qui s’engage à la fin du printemps entre le ciel brûlant de l’été et la tiède température qui couvrait la terre de verdure, de fleurs et de vie. Le sanglier dévastateur sert aussi dans d’autres mythologies à symboliser les chaleurs de l’été. C’est donc le ciel du printemps, tué par le soleil caniculaire, mais revenant avec les fraîcheurs de l’automne après avoir fertilisé le sol, qui se présente sous les traits du jeune et bel Adonis. L’épouse-amante du dieu mort et ressuscité, c’est la terre, Baaltis, « notre dame, » qui, fécondée au printemps, stérile en été, ouvre de nouveau son sein aux influences fertilisantes du ciel d’automne. De là et par imitation, les débordemens dévotieux des femmes de Byblos. Très certainement la population qui se représenta de cette manière le drame annuel de la nature divine fut essentiellement champêtre et agricole. On rencontre une conception toute semblable chez les paysans de l’Hellade avec leur mythe du Kronos à la faucille, le dieu des moissons, mutilant perfidement son père Uranus, le ciel-couvercle, pour régner à sa place. Tout porte donc à croire que le vieux mythe de Byblos fait partie de la religion que les Phéniciens trouvèrent en pleine vigueur dans le pays de Canaan quand ils vinrent s’y établir. Le sémitisme nomade ne connut jamais ce genre d’aberrations ; mais il paraît par tous les indices que la molle civilisation cananéenne eut un attrait fatal pour les tribus plus jeunes d’idées et de mœurs qui se virent exposées directement à ses influences. Du reste on aurait tort de s’imaginer que ces rites licencieux fussent adoptés comme des stimulans pour la sensualité ; c’est très sérieusement, on peut même dire très dévotement, qu’on les observa.

Comme on peut s’y attendre, la fête des Morts s’associait aux fêtes d’Adonis. Il y avait aussi plusieurs variantes sur le fond primitif du mythe. Par exemple, on cherchait à ramener une certaine unité dans la caste divine en admettant que le dieu mort avait été sacrifié par son père El-Kronos. Dans une autre version, il est simplement circoncis, ce qui plaide fortement en faveur de l’opinion qui voit dans la circoncision un succédané du sacrifice des enfans en Égypte et en Palestine. L’épouse alternativement plaintive et joyeuse du dieu mort et ressuscitant, c’est l’Aschera de Byblos, si longtemps adorée par tous les habitans de Canaan. Le culte