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ce dieu mourait et revivait comme Adonis [1]. L’écrivain grec Athénée raconte à son sujet un mythe assez étrange. Comme Baal-Hammân voyageait en Libye, il fut tué par Typhon ; mais alors on lui mit une caille sous les narines, et il revint à la vie. Ce mythe doit être très vieux. Quand la chaleur de l’été semble se retirer vers les régions du sud, c’est Typhon ou Baal-Céphon, le vent du nord, qui règne. On faisait alors des offrandes de cailles dans la saison où cet oiseau est le plus gras et le plus savoureux. Les cailles passaient pour une nourriture échauffante et stimulante. C’était donc une manière de rendre à la nature sa puissance de fécondation.

C’est ce dieu qui fut le grand patron de Tyr et qui présida à toutes les entreprises lointaines de la célèbre métropole. Ce sont ses aventures que l’on retrouve le plus souvent dans celles d’Hercule voyageant au loin, destructeur de monstres, toujours vainqueur, tirant partout l’ordre du chaos et la civilisation de la barbarie. Ses temples étaient sans images, on n’y voyait que les colonnes symboliques exprimant sa puissance ; mais on y entretenait un feu perpétuel, et, lorsque les Tyriens allaient au loin fonder une colonie, un prêtre leur portait un brasier sacré allumé au feu du temple métropolitain.

A d’autres égards, c’était une divinité fort sévère ; les Grecs ont bien adouci son caractère. Le feu dans l’antiquité est toujours considéré comme doué d’une vertu purifiante : il consume les impuretés et semble en avoir horreur ; c’est un trait qu’il a en commun avec le Jéhovah israélite. Il est même plus austère que ce dernier au chapitre de l’union sexuelle. La plupart de ses prêtres étaient célibataires, ses prêtresses l’étaient toujours ; on ne souffrait dans ses temples ni femme mariée, ni chien, ni pourceau : ce symbolisme est fort peu galant, mais il est historique. Ce qui est plus grave et toujours en rapport avec son caractère de sévérité, c’est qu’on lui offrait des sacrifices d’hommes et d’enfans. Il en était de même dans le culte de son épouse Astarté, qu’il ne faut pas confondre avec l’Aschera cananéenne de Byblos. Astarté était la sombre déesse de la mer, des ténèbres et de la mort. C’est contre cette horrible superstition, partagée si longtemps par les Israélites, que

  1. C’est aussi l’un des points de suture de la mythologie grecque et de la mythologie phénicienne. En Crète, où les deux cultes s’amalgamèrent plus qu’ailleurs, Jupiter naît et meurt ; on montre son tombeau, qui faisait croire à ce bon Evhémère que le roi des dieux était un ancien prince du pays divinisé après sa mort. Il y a de même un emprunt bien marqué au cycle des idées phéniciennes dans l’enlèvement d’Europe (la lune aux grands yeux) par Jupiter, métamorphosé en taureau. Cet animal sert en effet de symbole général aux divinités célestes sémitiques. Les légendes du Minotaure et des amours honteuses de Pasiphaé (la toute luisante) se prêtent encore à des remarques toutes semblables.