Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/401

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principe voisin. Voilà pourquoi, en thèse générale, nous ne devons pas nous étonner de voir tant d’immoralité et de férocité s’allier chez les peuples anciens aux manifestations les plus ardentes du sentiment religieux.

Mais il est possible de serrer de plus près encore la complète solution du problème. — Ce n’est pas seulement en Phénicie, c’est aussi dans tout l’Orient et même dans presque tout l’Occident que l’on voit la célébration des rites religieux dégénérer en obscénités, en débordemens de tout genre, dont quelques-uns font horreur. Si nous ne craignions pas de salir ces pages, il nous serait facile de faire frémir nos lecteurs en leur dévoilant les infamies sans nom qui s’abritèrent longtemps sous le manteau de la dévotion ; quant à nos lectrices, il faudrait leur demander de tourner la page sans la lire. Qu’il nous suffise de dire que l’Orient connut sous forme de rites sacrés les dépravations les plus épouvantables que le démon de la concupiscence charnelle ait jamais inspirées à ses victimes. Faudrait-il penser que des passions honteuses, n’osant s’avouer, se seraient affublées avec réflexion, par calcul, d’un vêtement religieux pour se donner libre carrière ? Une pareille explication ne pourrait se soutenir qu’à la condition d’ignorer tout ce que l’étude des antiquités religieuses nous a révélé sur le caractère naïf, irréfléchi, des institutions remontant très haut dans l’histoire. Le jour où le développement général fit sentir à tous que le dévergondage, et non pas la religion, trouvait seul son compte à ces excès infâmes, il y eut contre eux une réaction lente, mais continue. Il fallut le raffinement de corruption qui s’étendit comme un chancre sur la société romaine de l’époque impériale pour donner un regain de popularité aux rites immoraux qui souillaient les mystères de Cybèle et d’autres divinités analogues. La Cité de Dieu d’Augustin nous apprend qu’ils se greffèrent avec succès sur certains vieux symbolismes abandonnés par les classes éclairées à la plus vile populace. Il est visible que depuis longtemps la conscience des honnêtes gens s’était insurgée contre ces abominations décorées du nom de religion.

Antérieurement il n’en était pas ainsi. Il y a une sincérité effrayante dans les rites impudiques célébrés en l’honneur des divinités de la nature. Et en vérité, quand on parvient à se mettre par la pensée au point de vue religieux primitif, on ne peut plus en être surpris. Séparons un moment en imagination le domaine religieux du domaine moral ; représentons-nous un état d’esprit dans lequel on s’abandonne les yeux fermés aux suggestions d’une notion religieuse qui en elle-même n’a rien à faire avec la distinction du bien et du mal moral. Cette notion religieuse se résume dans