Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/489

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qui demandent non-seulement la suppression des inspecteurs nommés par le gouvernement, mais aussi celle de toute ingérence de l’état dans l’édiction des pénalités pécuniaires imposées aux parens qui négligent d’envoyer leurs enfans aux écoles.

Le ministère ne s’est pas laissé décourager par ces premiers symptômes d’opposition. Il a fait entrevoir à ses adversaires la perspective d’une dissolution pour le cas où la résistance deviendrait trop marquée. On a pu craindre récemment une série de complications nouvelles. L’opposition, qui s’était d’abord un peu ralentie, s’est tout à coup accentuée au sein de la seconde chambre. A propos de l’adresse, cette assemblée s’est livrée à des critiques qu’elle a formulées dans une sorte de programme hostile au ministère. Elle a reproché au gouvernement de ne pas donner au Folkething l’influence nécessaire et de ne pas prendre en main avec assez d’énergie la question du Slesvig. Sur cent deux membres dont la seconde chambre se compose, cinquante-cinq, qui appartiennent à la gauche-réunie, ont voté une adresse conçue dans ce sens et qui pouvait être considérée comme une motion de défiance dirigée contre le ministère. On s’est demandé alors dans le pays ce qu’allait faire le gouvernement. Laisserait-il au pouvoir le cabinet actuel ? ordonnerait-il la dissolution du Folkething et ferait-il procéder à de nouvelles élections ? se contenterait-il au contraire de maintenir les choses dans le statu quo et de considérer l’adresse comme non avenue ? C’est à cette dernière résolution qu’il a cru devoir s’arrêter ; l’attitude de la première chambre l’a déterminé à ne point accepter les conclusions de la seconde. A l’unanimité moins 4 voix, le Lansthing a en effet voté une adresse qui était la contre-partie de celle du Folkething, et qui demandait au roi de maintenir l’équilibre entre les trois facteurs dont se compose le système constitutionnel danois : la couronne, la première chambre et la seconde chambre. En recevant les deux adresses qui lui ont été remises le k avril, le roi Christian IX a déclaré formellement sa préférence pour la théorie du Landsthing. Les applaudissemens que les socialistes avaient donnés dans cette dernière crise à la gauche-réunie ont été loin de lui être utiles, et le gouvernement a trouvé des encouragemens dans l’appui de la plupart des conservateurs.

Même après tant d’épreuves, la nation danoise peut faire encore des choses utiles et trouver dans le développement agricole, commercial, industriel, une atténuation de ses derniers revers. C’est là son véritable rôle. Sous le rapport économique, elle a moins souffert qu’on ne pourrait le croire. C’est même un sujet d’étonnement qu’un petit pays qui soutint une lutte inégale contre deux des principales puissances de l’Europe, et fut forcé de payer d’énormes contributions par suite de sa défaite, ait pu résister à des crises qui auraient peut-être ruiné des états plus considérables. Mais l’administration du Danemark est si correcte, si probe, si économe, que les désastres financiers ne sont pas venus