Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/490

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après les revers politiques. La richesse n’a cessé de s’accroître sous l’action de causes diverses, dont la principale est sans contredit le bénéfice considérable réalisé dans l’exploitation du sol. Les exportations ont pris des proportions immenses, et le Danemark, par l’abondance et la belle qualité de ses moissons, a trouvé le moyen de nourrir non-seulement ses propres habitans, mais encore ceux des pays voisins.

Ce pays, qui peut être fier à juste titre de ses marins aussi bien que de ses agriculteurs, et dont la flotte s’est distinguée dans la guerre de 1864, a encore une marine de guerre respectable. Sa marine marchande a aussi une importance réelle ; c’est surtout dans les mers de l’Inde et de la Chine qu’elle a développé ses opérations. Les travaux publics, qui avaient été très négligés dans les dernières années, paraissent devoir prendre une impulsion nouvelle. La Sélande est à peu près la seule contrée du royaume qui ait des voies ferrées suffisantes ; les autres îles danoises et le Jutland en manquent presque complètement. Il est question de construire une ligne de chemins de fer qui, traversant le sud de la Sélande, l’île de Falster et celle de Lalland, irait aboutir à un point de la côte méridionale de cette dernière île. Ce point serait choisi de façon à pouvoir être mis en communication au moyen d’un bac à vapeur avec la côte nord de l’île de Femern, d’où partirait une seconde voie ferrée qui, franchissant le Fremersund sur un pont fixe, se dirigerait sur Hambourg par Oldenbourg et Segeberg. Il faut aussi déblayer des ports, établir des canaux nécessaires surtout sur la côte occidentale du Jutland, où des golfes autrefois ouverts à la navigation sont devenus des étangs séparés de la mer. En résumé, ce ne sont pas les alimens qui manquent à l’activité du peuple danois, et il est doué d’une vitalité propre qui lui permet de fournir encore une honorable carrière.

Ce que la nation danoise doit faire aujourd’hui, c’est se grouper loyalement autour du trône, c’est trouver dans l’accord entre le pays et la dynastie, dans la pratique sincère du système constitutionnel, le meilleur gage de sa prospérité. Elle ne doit pas oublier que depuis quatre-vingts ans elle a conquis pour ainsi dire sans secousses toutes les libertés nécessaires : liberté de la parole et de la presse, liberté de réunion et d’association, inamovibilité presque complète de tous les fonctionnaires à moins de forfaiture, responsabilité entière de ces fonctionnaires devant tout tribunal, service militaire obligatoire, mais allégé dans une mesure exceptionnelle, indépendance religieuse, suffrage universel, administration communale la plus large. Il faut que le malheur, au lieu d’aigrir et de corrompre la nation danoise, l’instruise, la fortifie et l’améliore. Malgré l’exiguïté de son territoire, cet honnête et laborieux pays peut donner à l’Europe un noble spectacle, celui d’un peuple qui cherche dans l’alliance de l’ordre et de la liberté un remède à ses maux, et qui, dédommagé de ses revers par le témoignage de sa conscience et par l’estime des autres nations, supporte l’infortune avec dignité.