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CHRONIQUE DE LA QUINZAINE.




14 mai 1873.

Il faudrait pourtant bien en venir à se reconnaître dans ce tumulte d’impressions contradictoires, de commentaires sans fin et d’assourdissans commérages qu’on se plaît à décorer du nom de politique. Depuis que le plus étrange des scrutins a fait d’un inconnu, de celui qui s’appelait le « candidat impersonnel, » un député de Paris, et depuis qu’un certain nombre de votes provinciaux du même genre ont envoyé à l’assemblée un contingent radical qu’on n’attendait pas, la confusion est complète.

C’est un véritable déchaînement de manifestes, d’imaginations, de lettres, de nouvelles, d’interprétations de toute sorte, pleines de jactance de la part des vainqueurs, pleines de pressentimens attristés de la part des vaincus. On se consulte, on veut absolument savoir le secret des choses, même quand il n’y a pas de secret. Que se passe-t-il dans le conseil des ministres ou dans le cabinet de M. le président de la république ? Les conversations de M. Thiers sont surtout depuis quelques jours le morceau friand des nouvellistes, et comme M. le président de la république est l’homme le plus aimable, le plus prompt à tous les entretiens, en même temps qu’il joue un certain rôle dans le monde, on a là un thème tout trouvé et inépuisable. Avec qui donc M. le président de la république pourrait-il bien avoir conféré dans les dernières vingt-quatre heures ? Serait-ce avec M. Batbie ou avec M. Emmanuel Arago, avec quelque député qui n’est pas même à Paris, ou avec M. Turquet, qui est partout, qui passe d’un coup au rang d’interlocuteur de première catégorie ? Que pense M. Thiers et que dit-il des dernières élections ? Est-il disposé cette fois à se replier vers les conservateurs, pour faire face au radicalisme menaçant ? Va-t-il incliner vers la gauche ? C’est bien évident, M. Thiers, avec ses faiblesses pour la gauche, nous conduit à la commune ; il veut proclamer définitivement la république, et il prépare, de compte à demi avec les radicaux, quelque coup d’état contre l’assemblée ! Non, vous n’y êtes pas, dit-on d’un autre côté, ce n’est pas