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de famille, Stratford, fut détruit par un incendie, le gouvernement anglais et les notables de Londres le firent rebâtir à leurs frais. Puis vinrent R. H. Lee, orateur remarqué, promoteur et rédacteur de l’acte d’indépendance, — Arthur Lee, ministre des colonies et envoyé en France pendant la révolution, — enfin le général Henry Lee, père du général Robert E. Lee.

Entré très jeune dans l’armée, il devint l’ami intime de Washington, qui lui resta profondément attaché. Les qualités morales d’Henry Lee, ses exploits comme général de cavalerie, qui lui avaient valu le surnom de Light horse Harry, et la rare culture de son esprit le mettent au premier rang parmi les fondateurs de la nationalité américaine. Aussi distingué dans la vie politique que dans la carrière militaire, trois fois il fut nommé gouverneur de Virginie, et lors de la mort de son ami Washington il fut chargé par les deux chambres de faire son oraison funèbre. — La guerre d’indépendance achevée, il se retira dans l’ancien manoir de famille, Stratford, partageant sa vie entre ses devoirs politiques et l’éducation de ses enfans. Un recueil de lettres qu’il leur écrivit, publié il y a quelques années par les soins de ses fils, montre que le brillant officier savait unir à une grande érudition classique et à des connaissances littéraires étendues les principes les plus élevés de morale et de piété. Il mourut en 1818, laissant six enfans tout jeunes encore. Robert, le quatrième, né en 1807, n’avait que onze ans ; mais déjà les conseils et les fortes leçons de son père avaient fait sur lui une impression indélébile. Élevé par sa mère, il avait appris d’elle aussi dès son enfance le sentiment du devoir, le renoncement à soi-même et un grand esprit d’ordre et d’économie. Ses frères étant absens, il était pour elle d’une tendresse infinie, la soignant pendant des années de longue maladie, rentrant du collège pendant ses heures de récréation pour la porter, la promener, la distraire. Lorsqu’il dut la quitter pour le collège militaire de West-Point, elle disait : « Comment me passerai-je jamais de Robert ? Il est à la fois un fils et une fille pour moi ! » Il aimait déjà passionnément la chasse, suivant les meutes quelquefois des journées entières à pied, et acquérant ainsi ce splendide développement physique et cette vigueur de santé qu’il conserva toujours à travers les plus violentes épreuves.

En 1825, Robert Lee fut envoyé par l’état de Virginie et à ses frais à West-Point, l’école militaire des États-Unis, fondée sur les principes de celle de Saint-Cyr, et que vingt-trois ans plus tard il devait être appelé à commander. Pendant les quatre années qu’il y resta, il fut constamment à la tête de sa classe. Il commençait dès lors à se faire remarquer, non-seulement par son intelligence, mais par sa rectitude de sentimens, sa rigidité de principes, sa sévérité envers lui-même. On n’entendit pas un jurement, un mot immo-