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ral ou profane sortir de sa bouche. D’une sobriété absolue, il ne buvait jamais de vin, ne fumait pas, et sa conduite était exemplaire. Aussi, en sortant de West-Point, fut-il nommé lieutenant en second dans le corps du génie, et peu après il épousait la petite fille adoptive de Washington, héritière de la plus grande partie de ses biens ; par elle, il entrait en possession d’Arlington, la belle propriété de Washington sur le Potomac, et du White-House sur le Pamunkey.

Jusqu’en 1846, Lee suivit sa carrière, gagnant ses grades dans le génie et occupé à fortifier et à surveiller différentes parties du pays. Dans la guerre contre le Mexique, il servit comme ingénieur en chef de l’armée principale ; les rapports du général Scott font le plus grand éloge du jeune capitaine, de sa hardiesse, de sa valeur, de son activité infatigables, et Scott ajoutait volontiers que le succès de la campagne était en majeure partie dû à Lee. Ses exploits au siège de la Vera-Cruz et à Chapultepec, où il fut blessé, le firent nommer lieutenant-colonel, et à son retour il fut de nouveau chargé de travaux de fortification, pour lesquels il avait une aptitude particulière. Plus tard, et dans les momens les plus difficiles, ce coup d’œil stratégique, ce talent de reconnaître et de faire valoir l’importance d’une position, dont il fit preuve dès cette époque, eurent une grande influence sur la prolongation de la lutte inégale qu’il eut à soutenir. Les intervalles de loisir que lui laissaient ses devoirs militaires, Lee les passait avec bonheur dans sa propriété d’Arlington, située sur des hauteurs au-dessus du Potomac et en vue de la ville de Washington. Intéressant par les souvenirs du général Washington qui y étaient réunis et par tous les événemens historiques qui s’y rattachaient, Arlington était pour l’Amérique entière un lieu de pèlerinage. La bibliothèque, les meubles, les portraits de Washington et de sa femme, les services de porcelaine qui leur avaient été offerts par Louis XVI et par la société de Cincinnatus, leurs bijoux, toutes leurs reliques, y étaient conservés avec vénération. Lee y vit naître ses sept enfans, et d’heureuses années s’écoulèrent pour lui dans cette belle résidence, à laquelle il s’était profondément attaché et que sa femme aimait avec passion.

En 1855, envoyé au Texas comme lieutenant-colonel d’un régiment de cavalerie d’élite, il eut pour la première fois à commander des hommes, car jusque-là ses travaux avaient exclusivement appartenu au génie et à l’état-major. Il s’y distingua dans de sanglans combats contre les Indiens, et pendant deux ans y dirigea l’expédition avec le colonel Albert Johnston, qui, ainsi que presque tous les officiers qui l’accompagnèrent dans cette campagne, embrassa plus tard la cause de la confédération. Se trouvant à Washington en congé en 1859, il fut chargé par le gou-