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Grande-Bretagne ne manque point de navires : il y avait sur les côtes du nord et de l’ouest nombre de canonnières et de vaisseaux croiseurs qui restent désœuvrés à leurs différentes stations jusqu’à la fin de l’été ; mais du navire qui devait conduire l’expédition scientifique on exigeait quelques qualités spéciales. Il était à désirer qu’il fût capable de marcher alternativement par la voile et par la vapeur ; quant à la vitesse, elle n’était point nécessaire, car les opérations devaient être lentes. A bord, une machine connue sous le nom de Donkey-engine était chargée de manœuvrer la drague et d’épargner beaucoup de travail aux marins. Toutefois à une pareille entreprise il fallait un équipage très exercé et tel qu’il ne s’en trouve qu’au service du gouvernement. L’amirauté désigna l’Eclair (Lightning), qui remplissait les conditions exigées par la nature des recherches. Les 100 livres sterling avancées par la Société royale servirent à l’achat des divers ustensiles scientifiques ; de leur côté, les explorateurs s’engageaient à ce que les spécimens recueillis fussent déposés au British Museum. Ainsi équipé, outillé, l’Eclair partit de Stornoway le 11 août 1868. Le professeur Wyville Thomson, le docteur Carpenter et l’un de ses fils étaient du voyage. Tous les trois étaient considérés comme appartenant au service public, et traités en conséquence avec la vieille libéralité britannique. Le capitaine May dirigeait le vaisseau.

L’intention des savans était de draguer le long des côtes et dans les estuaires, puis de se porter vers le nord-ouest dans les eaux profondes entre les îles Féroe et l’Islande. Le champ des explorations était bien choisi. De même que la surface des îles britanniques, toute limitée qu’elle soit, présente un résumé de toutes les couches géologiques, ainsi cette zone océanique offre des variétés de profondeur, de température et de courans qu’on ne rencontre ailleurs qu’à une plus grande distance des terres et sur un espace beaucoup plus étendu. Pour les romanciers comme Walter Scott [1], ces mers du nord sont le berceau des illusions, des rêves et des mythes ; la vague longue et lourde, éclairée par une sorte de crépuscule pendant huit mois de l’année, a donné naissance aux récits des matelots sur les monstres fabuleux. L’hiver y commence en octobre, un long et morne hiver, gros de brouillards et de tempêtes. Dans les hautes latitudes des Shetlands, la lumière du jour en été ne disparaît jamais absolument, et la nuit ne s’efface tout à fait que pendant quelques heures dans l’autre moitié de l’année. Au reste, ce n’étaient point les fantômes des eaux que poursuivaient dans ces étranges latitudes les deux savans anglais : ils se proposaient d’atteindre un but utile et pratique ; mais la saison était déjà

  1. Lisez le Pirate.