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dans l’eau, la quantité de lumière qui se trouve dans les grandes profondeurs de la mer. Un comité spécial fut même institué pour choisir ceux de ces instrumens qui convenaient le mieux à la nature des recherches. Les sondes, les dragues, les thermomètres, les bouteilles à eau, les hydromètres, avaient été choisis parmi les types les plus modernes ou parmi ceux que l’expérience désignait comme les meilleurs. Une grande chambre du vaisseau connue sous le nom de chart room fut consacrée aux analyses chimiques et aux observations délicates du microscope. Tous ces préparatifs étant terminés, le 18 mai 1869 le Porc-Epic partit de Woolwich, se dirigeant vers Galway (Irlande).

L’expédition se divisa en trois croisières. La première fut placée sous la responsabilité scientifique de M. J. Gwyn Jeffreys, naturaliste distingué qui avait volontairement offert son concours. Elle commença dans les eaux de Galway vers la fin de mai, et se termina dans celles de Belfast au commencement de juillet. Le Porc-Epic se dirigea d’abord vers le sud-ouest, puis à l’ouest, enfin au nord-ouest, aussi loin que le Rockhall Bank. La sonde et la drague pénétrèrent dans ces masses d’ondes à la profondeur de 1,476 brasses. Une riche moisson d’êtres vivans fut recueillie sur le lit de la mer. Grâce à l’excellent outillage du navire et à l’habileté du capitaine Calver, les savans conçurent l’espoir d’atteindre des profondeurs encore plus grandes avec un égal succès. La seconde croisière fut confiée aux soins du professeur Wyville Thomson. On poussa vers l’extrémité nord de la baie de Biscaye, 250 milles environ à l’ouest d’Ushant, dans un endroit où l’on savait qu’il existe de véritables abîmes. Durant cette seconde croisière, la sonde descendit à l’énorme profondeur de 2,345 brasses, — plus de 4 kilomètres. Une telle cavité égale presque en sens contraire l’altitude du Mont-Blanc. La vie animale était-elle éteinte au fond de pareils gouffres océaniques ? Le lit de ces mers, où la pression des eaux est de trois tonnes ou peu s’en faut pour chaque pouce carré, se montra au contraire un champ zoologique extrêmement fertile. La drague ramena une boue vivante de globigérines [1] dans laquelle on trouva en outre des échinodermes, des annélides, des crustacés et des mollusques dont les formes excitèrent la surprise des naturalistes. Qu’on parle maintenant des solitudes de la mer ! Le docteur Carpenter dirigea la troisième croisière. L’objet de ses recherches, qui commencèrent à la mi-août et se prolongèrent jusque vers le 15 septembre, était d’étendre et de compléter les observations faites l’année précédente sur le navire l’Éclair. Cette fois le temps se montra favorable. Il s’agissait surtout de reconnaître les inégalités de

  1. Le genre globigerina a été établi dernièrement pour désigner de très petits êtres au corps gélatineux et aux formes indécises.