Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/596

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De quoi vivent alors les protozoaires ? Toutes les eaux de la mer contiennent une énorme quantité de matières organiques en dissolution. Les fleuves charrient dans ce vaste réservoir une masse de détritus végétaux ; les côtes sont entourées d’une ceinture de plantes marines qui s’étend en moyenne sur une largeur de 1 mille anglais ; il y a même de véritables prairies océaniques ; d’un autre côté, la mer elle-même regorge d’animaux qui à chaque instant meurent et se décomposent. Est-il maintenant si difficile de comprendre que des myriades de petits habitans très inférieurs puissent subsister dans ces immenses régions ? La seule condition nécessaire pour qu’il en soit ainsi est que de tels êtres puissent se nourrir par absorption ; or le professeur Wyville Thomson croit que les protozoaires, n’ayant point d’organes spéciaux pour digérer les alimens, s’assimilent par la surface du corps les matières végétales ou animales tenues en suspension dans le liquide. Il faut d’ailleurs considérer que ces animaux rudimentaires, relégués aux limites obscures de l’existence, ne dépensent guère de force ni de chaleur pour agir dans leur morne royaume ; vivant très peu, ils se nourrissent à peu de frais.

Il ne suffit pas d’expliquer comment s’alimente la faune des mers profondes, il faudrait aussi savoir comment elle respire. Durant l’expédition du Porc-Epic, les naturalistes anglais pratiquèrent diverses expériences pour dévoiler ce mystère. Des échantillons d’eau de mer furent recueillis sous l’empire de conditions très variées non-seulement à la surface, mais aussi à de grandes profondeurs. Les gaz dégagés par l’ébullition de ces eaux furent soumis à l’analyse. En règle générale, la proportion de l’oxygène décroît, et celle du gaz acide carbonique augmente à mesure que descend la sonde. Toutefois il faut tenir compte d’autres circonstances : le rapport du gaz acide carbonique et de l’oxygène se montra plus souvent en harmonie avec l’abondance et le caractère de la vie animale qu’avec la profondeur même du lit de la mer. Cette relation était si marquée et si constante que le chimiste pouvait annoncer d’avance le succès ou l’insuccès de la pêche, et toutes les fois cette prédiction fut confirmée par le témoignage de la drague. Qu’en conclure sinon que dans les zones très peuplées, dans celles surtout où se trouvent des types un peu supérieurs, la provision d’air respirable était en quelque sorte usée ou tout au moins appauvrie par la consommation d’oxygène que faisaient les animaux sous-marins ?

Quelles sont alors les sources de renouvellement ? Le gaz acide carbonique s’échappe de bas en haut, tandis que l’oxygène s’infiltre