Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/617

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à la circonscription inférieure du canton contiennent 5,417 Kuhessens [1]. Comme le district compte environ 2,700 familles d’usagers, cela fait en moyenne l’entretien de presque deux vaches par famille.

Les bois communaux sont vastes, riches et bien entretenus ; ils valent au moins 4 millions, ce qui fait encore un capital de 1,300 fr. par famille. Pour montrer comment se fait le partage du bois, nous donnerons le tableau de celui qui s’est fait, en 1865, dans le village de Schaddorf, près d’Altdorf. La première classe est celle des bourgeois partiaires qui ont eu pendant toute l’année « feu et lumière » (Feuer und Licht), qui chauffent un four et possèdent des propriétés ; ils peuvent abattre six grands sapins ; ils étaient au nombre de 120. La seconde classe comprend ceux qui ont eu feu et lumière, un four, mais pas de propriétés ; ils ont droit à 4 sapins. Il y en avait 30 de cette catégorie. La troisième classe est celle des individus vivant seuls, et n’ayant pas de propriété : il y en avait 9 ; ils peuvent avoir trois sapins. Enfin dans la quatrième classe se trouvent les usagers qui ont eu feu et lumière, mais qui n’ont pas de maison à eux ; ils ne peuvent réclamer que deux sapins. Il y en avait 35. Le nombre total des usagers était donc de 194. Parmi ceux-ci, 52 avaient obtenu en outre du bois pour des constructions nouvelles ou pour réparations ; 178 grands troncs d’arbres avaient été répartis pour cet usage. On voit combien ces distributions sont larges et quelle aisance elles doivent apporter aux familles : aussi nulle part les cultivateurs ne sont aussi bien logés qu’en Suisse. On comprend maintenant d’où viennent ces ravissans chalets qu’admire l’étranger, et dont on voudrait faire sa demeure ; c’est la forêt communale qui permet de les construire et de les entretenir.

Outre ses alpes et ses forêts, la marche d’Uri possède 400 hectares de terres labourables, qui, réparties également, donnent environ 14 ares de jardin par famille : de quoi récolter des légumes, des fruits et du lin ou du chanvre pour le linge du ménage. Tout cela n’est pas encore l’aisance, mais c’est le moyen assuré d’y arriver ; c’est en tout cas un préservatif certain contre les extrémités de la misère. Ajoutez à ce que donne le fonds communal le produit de la propriété privée et du travail personnel, et tous les besoins essentiels sont largement satisfaits.

Le principe qui préside ici au partage des produits des biens communs est celui des temps les plus reculés : à chacun suivant ses besoins ; seulement, comme les besoins varient, non d’après les nécessités personnelles, qui sont à peu près les mêmes, mais

  1. Le Kuhessen est la quantité d’herbage nécessaire à la nourriture d’une vache à lait, ou de l’équivalent en tête de bétail, pendant les mois d’été.