Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/622

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des terres à blé qui sont mises en valeur de la même façon. Une partie des revenus des capitaux communaux est consacrée à acheter du fromage. Ce vin et ce pain, fraternellement récoltés par les soins de tous, forment la base des banquets auxquels assistent tous les usagers (Gemeindetrinket). Ce sont exactement les repas communs de Sparte et de la Crète ou les agapes des premiers chrétiens, avec le fruit de la vigne et du froment. Ces repas, où règne une cordialité qu’anime le vin généreux du Valais, entretiennent une véritable intimité fraternelle parmi les habitans. Souvent les femmes y assistent et modèrent les excès de boisson et de paroles auxquels porte le vin suisse, comme l’avouait Rousseau. A côté des communes, les associations de tireurs à la carabine possèdent aussi des biens collectifs cultivés en froment et en vigne, le pain et le vin répondant, suivant « les seigneurs tireurs, » aux premiers besoins de l’homme. Chacun des membres de l’association fournit ses journées de travail, et le produit est consommé dans les repas communs, qui ont lieu l’été chaque dimanche après le concours de tir. Le curé de Varne, M. Kämpfen, qui donne ces détails, vante beaucoup l’influence qu’exercent ces institutions fraternelles tant sous le rapport moral que sous le rapport économique. Aujourd’hui on parle souvent de fraternité, mais rien ne se fait pour susciter ou pour entretenir ce sentiment, qui est l’âme des sociétés humaines. Le banquet des égaux, la cène des premiers temps du christianisme n’est plus malheureusement qu’une cérémonie liturgique, un froid symbole, au lieu d’être une réalité vivante.

Quoique les impôts augmentent chaque année et qu’on ait souvent engagé les communes à vendre leurs biens, les usagers s’y sont toujours refusés, et ils ont bien fait. Comme le dit le curé Kämpfen, un communier-vigneron (Weinbürger) aimerait mieux laisser jeûner femme et enfans que renoncer à ces repas de communauté. Dans quelques localités seulement, pour venir au secours des plus nécessiteux, on a divisé les allmends de la plaine en parcelles qui sont réparties au sort avec jouissance viagère.

Il n’existe pas, que le sache, de statistique complète des biens communaux en Suisse. Il faut donc se contenter de quelques données que j’ai pu recueillir touchant certains cantons ou certaines villes. Dans le canton d’Untenvalden, la valeur des biens communaux est portée pour Obwald, avec 13,000 habitans, à 11,350,000 fr. Dans Appenzell, les sept Rhodes intérieures, avec 9,800 habitans, possèdent des biens estimés environ 3 millions. Les propriétés des usagers de la ville de Soleure consistent en 5,409 juchart de forêts (le juchart équivaut à 36 ares), — 1,041 juchart de pâturages et 136 juchart de terres cultivées ; avec les capitaux et les bâtimens, on les estime 2,390,338 francs, mais ils valent le triple. Dans le