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LE SALON DE 1873


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I.

LA PEINTURE DE STYLE ET DE GENRE.


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Il ne faut pas s’étonner des plaintes exagérées que l’exposition des Beaux-Arts ramène annuellement sur la stérilité de l’école française et sur la décadence de l’art moderne. À chaque nouveau Salon, le visiteur superficiel promène un œil distrait sur plusieurs kilomètres de murailles couvertes de plusieurs hectares de peinture, et, s’il n’a rien trouvé qui le surprenne ou qui s’impose à son attention, il s’en retourne mécontent, se plaignant d’avoir perdu sa journée. La critique sérieuse est tenue d’être plus attentive et moins exigeante. Après tout, faire le tour d’un Salon, c’est faire le tour des idées de son temps. La critique ne consiste pas seulement à vanter les meilleurs ouvrages et à les désigner à l’admiration du public ; il faut encore qu’elle se rende compte du mouvement des esprits, de la direction des idées, qu’elle se livre, pour ainsi dire, à une sorte d’étude de mœurs. En ce sens, elle ne doit pas craindre d’examiner avec intérêt des œuvres imparfaites ou médiocres, et elle ne doit pas se désespérer, si elle a rarement l’occasion d’applaudir.

Une exposition annuelle ne peut pas être une collection de chefs-d’œuvre ; encore moins doit-elle devenir une boutique et une halle ouverte à tous venans. Pendant plusieurs années, nos Salons ont présenté, il faut bien le reconnaître, un aspect humiliant pour l’école française. À côté des œuvres sérieuses et faites, sinon pour servir de modèles, du moins pour donner le ton, on voyait s’étaler une