Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/665

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n’en est pas la qualité principale. Ce qu’elle a de plus remarquable, c’est l’étude sérieuse du modelé, des plans, des demi-teintes, l’élégance du procédé, qui rappelle celui des maîtres flamands, la transparence des ombres, en un mot la largeur dans la finesse. M. Simon Durand n’est pas seulement un peintre de genre, c’est sans épithète un peintre.

Du genre bourgeois et populaire, nous passons au genre exotique, avec M. Firmin Girard. Nous ne reprocherons pas à M. Girard d’avoir pris pour sujet la Toilette japonaise ; cette tendance lui est naturelle et n’a chez lui rien d’affecté. Nous l’avions déjà constaté l’année dernière en lui reprochant certains procédés de coloration puissans, mais barbares, qui consistent à juxtaposer les couleurs par grandes masses sans se préoccuper des demi-teintes, si indispensables pourtant à l’harmonie. Les mêmes qualités et les mêmes défauts subsistent dans sa nouvelle toile. Nous ne saurions trop engager M. Girard, qui a l’étoffe d’un peintre sérieux, à sortir d’une voie fausse où il ne peut qu’achever de gâter son talent. — C’est un conseil qu’il serait superflu de donner à M. Heullant, dont la fantaisie japonaise intitulée la Cueillette des pommes est une monstruosité que le jury n’aurait pas dû admettre, et qui dénote chez son auteur une dépravation presque sans remède.

Nous n’avons pas encore parlé de M. Alma-Tadéma, parce que nous ne savons plus, à vrai dire, où classer son étrange et prétentieux talent. Malgré de réelles qualités, on ne peut plus guère voir dans sa peinture qu’une étude d’archéologie. Qui sait même si cette prétendue archéologie n’est pas un jeu d’esprit ? M. Alma-Tadéma serait l’homme le mieux fait pour mettre en peinture la Salammbô de M. Flaubert. La toile intitulée la Momie est le comble du genre : une femme se prosterne au pied d’une momie couchée sur un lit de repos, dans un vaste édifice tout couvert d’hiéroglyphes, tout hérissé de statuettes et de curiosités égyptiennes. Des esclaves noirs sont alignés de l’autre côté sur un banc de pierre. Elle-même, la veuve porte une toilette soigneusement composée suivant les rites funéraires ; ses cheveux sont épars, mais minutieusement divisés en une multitude de petites tresses. Son corps raide et anguleux, taillé sur le patron des silhouettes égyptiennes, est enveloppé d’un voile de tulle noir. Laissons-lui faire ses dévotions comme il lui plaît, et passons aux Vendanges, qui offrent un spectacle plus attrayant. Ici du moins on trouve une gaîté gracieuse, de fins morceaux qui rappellent les bonnes toiles du même auteur. Nous ne sommes pourtant pas sortis de l’archéologie religieuse ; l’artiste érudit n’a garde de nous conduire sur les coteaux, à la suite des vendangeurs, aux rayons du soleil