Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/672

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Le portrait de M. Alexandre Dumas fils, par M. Dubufe, en est un exemple. Cette toile a les défauts ordinaires de son auteur ; elle est propre, cirée, vernie, sans relief et sans vigueur, quoiqu’elle se détache sur un fond vert-pomme d’une crudité désespérante. A distance, elle n’a aucun effet, parce qu’elle est platement et maigrement peinte. Cela dit, c’est une toile expressive, un portrait qui a du caractère et, pour employer un mot barbare, de l’individualité. On y sent peut-être moins le spirituel auteur dramatique que le prophète apocalyptique et le soi-disant réformateur. Le célèbre écrivain se présente de trois quarts, appuyé sur. son coude ; il laisse traîner négligemment sur la table une de ses mains et la plume qu’il tient dans ses doigts. La tête se relève avec une expression pensive et dédaigneuse, celle d’un homme qui court après sa pensée et dont l’esprit n’est pas exempt d’une certaine misanthropie fantasque. — Quant au portrait de femme intitulé Violette, il rentre dans le cadre des productions ordinaires de M. Dubufe.

M. Jalabert, dont le public étranger aux arts a pris l’habitude d’accoupler le nom à celui de M. Dubufe comme faiseur de portraits de femmes, est un peintre qui cherche et qui pense. Il y a des intentions très délicates dans le portrait de la princesse S… exécuté avec les couleurs les plus fraîches et les plus claires, comme un trumeau du XVIIIe siècle, dans une tonalité rose sur un fond d’une tonalité bleu tendre. Est-ce le peintre lui-même qui a eu l’idée d’appliquer cette mise en scène printanière à la jeune femme blonde et pâle qu’il a placée au milieu de ce déluge de primeurs ? Nous le croyons trop homme de goût pour avoir lui-même imaginé ce contraste, peu favorable à la beauté du modèle. Ce que nous savons, c’est qu’une exécution brillante sauve en partie cette faute de goût. La dame en robe de satin rose, coiffée de cheveux ébouriffés d’un blond cendré, tient d’une main une longue canne, et de l’autre son chapeau de paille rempli de fleurs sauvages. Elle se promène dans cet attirail au milieu d’une sorte de jardin vaguement ébauché, noyé dans le bleu. Le peintre a eu beau adoucir et fondre les contours de cette tête sèche et maigrelette, il n’a pu l’approprier au reste de la toile. — Le portrait de Mme R… est moins prétentieux et beaucoup plus original. M. Jalabert s’est avisé que, pour faire le portrait d’une femme, il ne suffisait pas de la représenter dans une toilette de fantaisie et sur un fond de convention. Il a eu l’idée nouvelle et ingénieuse de la placer dans son intérieur, dans son atmosphère accoutumée, entourée des objets qui lui appartiennent, et de faire d’un portrait un véritable tableau de genre. La jeune femme est debout, devant son fauteuil, vêtue de velours noir, dans un salon tendu de rouge : elle a un livre à la main ; le visage est fin, la bouche calme et discrète, le