Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/691

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ne portent pas de date, mais dans celles que je crois être les dernières, je relève deux passages qui méritent réponse. Pardonne-moi ma sincérité, cher ami, je suis forcé de m’apercevoir qu’à mesure que ta jambe reprend des forces ta tête s’affaiblit. Tu me demandes mon avis, je te le donnerai. Selon moi, rien ne serait moins sage que d’écrire à miss Daw pour la remercier de sa fleur. La délicatesse de cette enfant s’en trouverait offensée d’une façon impardonnable. Elle ne te connaît que par moi ; pour elle, tu es une abstraction, une figure vaguement entrevue dans un rêve dont le moindre choc peut la réveiller. Bien entendu, si tu m’adresses le billet en insistait pour que je le remette, je céderai, — mais tu auras tort.

Tu dis que tu es capable, avec l’aide d’une canne, de te promener par la chambre, et que tu te proposes de venir aux plus dès que Dillon te trouvera de force à supporter le voyage. Ceci encore, je ne te le conseille pas. Ne vois-tu point que chaque heure d’absence ajoute à l’on prestige, à la séduction que tu exerces sur Marjorie ? Tu te perdrais en précipitant les choses. Attends jusqu’à l’on entière guérison. Dans tous les cas, ne viens point sans m’avertir ; je redouterais l’effet de ta brusque arrivée.

Miss Daw a été visiblement satisfaite de nous revoir, et m’a tendu les deux mains avec la plus franche cordialité. Sa voiture s’est arrêtée un instant à la porte cette après-midi. Elle était allée à Rivermouth pour les portraits ; malheureusement le photographe n’a pas réussi cette fois, et elle a dû lui accorder une nouvelle séance. Je crois m’apercevoir qu’une inquiétude secrète la trouble. Elle avait un air absorbé qui ne lui est pas naturel. Peut-être est-ce pure imagination de ma part, mais… Je termine sans avoir dit tout ce que j’aurais voulu dire. Mon père me demande de l’accompagner dans une de ces promenades qui sont maintenant tout son régime.


XI.
EDWARD DELANEY A JOHN FLEMMING.


29 août.

J’écris en grand hâte pour te dire ce qui a eu lieu ici depuis ma lettre d’hier soir. Je suis dans une perplexité indicible ; une seule chose est claire, tu ne dois pas songer à venir aux Pins. Marjorie a tout dit à son père ! Je l’ai vue quelques instans, il y a une heure, dans le jardin, et voici à peu près ce que m’ont appris ses rapides confidences. Le lieutenant Bradley, l’officier de marine en station à Rivermouth, fait une cour assidue à miss Daw depuis longtemps