Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/696

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philosophie, confessera-t-elle l’inappréciable fécondité de celle-ci ? Peut-être l’heure de cette conciliation si désirable est-elle moins éloignée que beaucoup de personnes ne le croient ; du moins chaque jour nous en rapproche. L’esprit de Descartes ne pourra manquer de susciter bientôt quelque génie assez puissant pour restaurer chez nous le goût et le crédit de la pensée dans tous les départemens de l’activité scientifique. Si délaissées qu’y soient aujourd’hui les grandes abstractions, elles ne le sont pas assez, Dieu merci, pour empêcher l’ardent des études et le succès des écrits relatifs à un problème de la constitution de la matière. De fait, voilà une question qui depuis un certain nombre d’années préoccupe quelques-uns de nos savans et de nos penseurs aussi vivement que la majorité de ceux du reste de l’Europe, une question qui atteste avec une éloquence toute particulière que, si les philosophes sont tenus de faire des emprunts nombreux à la science, celle-ci ne s’épure, ne s’élève et ne se fortifie qu’en s’inspirant et en reconnaissant combien elle est inséparable de la considération abstraite des causes cachées et des premiers principes.


I

La matière se présente sous des aspects très divers. Considérons-la dans sa plus grande complexité, dans le corps humain par exemple. La dissection ordinaire y distingue des organes, lesquels peuvent être résolus en tissus. La dissociation de ces derniers fournit des élémens anatomiques dont l’analyse immédiate extrait un certain nombre de principes chimiques. L’œuvre de l’anatomiste s’arrête ici. Le chimiste intervient et reconnaît dans ces principes des espèces définies provenant de la combinaison, en proportions terminées et invariables, à un certain nombre de principes indécomposables, substantiellement indestructibles, et auxquels il donne le nom de corps simples. Le carbone, l’azote, l’oxygène, l’hydrogène, le soufre, le phosphore, le calcium, le fer, qui marquent ainsi la limite de l’analyse expérimentale des êtres les plus complexes, sont des corps simples, c’est-à-dire les radicaux primordiaux et irréductibles de la trame des choses.

On sait aujourd’hui que la matière n’est pas indéfiniment divisible, et que les plus petites parties des différens corps simples qui existent dans les composés naturels n’ont pas toutes la même dimension, ni le même poids. La chimie est arrivée, par une série d’analyses et de mesures, à déterminer les poids respectifs des atomes des différens éléments, c’est-à-dire à fixer, en prenant pour unité l’atome de l’élément le plus léger, l’hydrogène, les poids des