Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/700

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chimiques y les autres déduits des phénomènes de capillarité, M. Gaudin a établi, pour la dimension des plus petites particules matérielles, des chiffres très voisins de ceux de M. Thomson. La distance maximum des atomes chimiques entre eux dans les molécules est un dix-millionième de millimètre. M. Gaudin essaie, comme M. Thomson, de donner quelque idée sensible de la petitesse vraiment étourdissante d’une semblable dimension. Il calcule, d’après. ce chiffre, le nombre des atomes chimiques contenus dans le volume d’une tête d’épingle à peu près, et il trouve que ce nombre doit être représenté par le chiffre 8 suivi-de vingt et un zéros, — de sorte que, si l’on voulait compter le nombre des atomes métalliques contenus dans une grosse tête d’épingle, en en détachant chaque seconde par la pensée un milliard, il faudrait continuer cette opération pendant plus de deux cent cinquante mille ans.

Il y a donc des atomes dans la matière, et l’atomisme est une vérité du moment où il se contente d’affirmer l’existence des atomes ; mais ceux-ci ne sont pas les vrais principes, les ingrédiens simples et irréductibles du monde. Après avoir décomposé la matière sensible en atomes, il faut soumettre ces derniers à une analyse du même ordre. Considérons donc deux atomes hétérogènes quelconques, un atome d’hydrogène et un atome de fer par exemple, et recherchons en quoi ils peuvent réellement, essentiellement différer l’un de l’autre. Qu’est-ce qui au fond distingue vraiment ces deux atomes, en tant qu’atomes ? Ce ne sont ni les propriétés de figure, de solidité, de liquidité, de dureté, de sonorité, d’éclat, puisque ces propriétés dépendent manifestement de l’arrangement et de la disposition des atomes entre eux, c’est-à-dire puisqu’elles sont relatives non pas à l’individualité de chacun des atomes, mais à celle de l’ensemble qu’ils forment en s’agglomérant. Ce ne sont pas non plus les propriétés calorifiques, optiques, électriques, magnétiques, puisque ces propriétés résultent des mouvemens de l’éther, au sein du groupement plus ou moins compliqué des atomes respectifs de ces deux substances. Or, si ces atomes, pris individuellement, ne diffèrent l’un de l’autre par aucune des propriétés qui viennent d’être énumérées, ils ne peuvent être dissemblables que sous le rapport de deux attributs, la dimension et le poids ; mais la différence de poids résulte de la différence de dimension, et celle-ci est non pas qualitative, mais simplement quantitative [1]. Par conséquent, deux atomes hétérogènes quelconques comparés l’un à l’autre, comme atomes, n’ont presque aucun des attributs différentiels propres

  1. Nous laissons de côté à dessein les forces chimiques, qui ne peuvent être’ considérées que comme des attractions, et qui par conséquent ne s’expliquent que par des forces agissant extérieurement à l’atome lui-même.