Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/703

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puisque nous la contemplons comme un marbre antique, dans une superbe nudité, qui est aussi une beauté radieuse ?

Que l’on considère la matière la plus grossière, pesante et sensible, ou cette matière plus subtile, plus vive, plus active, qu’on appelle éther, ou encore le principe spirituel qui est l’énergie dans sa simplicité, on n’a donc toujours en face de soi que des collections harmonieuses de forces, des activités symétriques, des puissances ordonnées et plus ou moins conscientes du rôle qu’elles jouent dans le concert infini dont le Créateur a écrit la musique splendide. Faisons abstraction pour un moment de la variété des groupemens qui déterminent la hiérarchie et les aspects multiples de ces forces, il ne restera plus comme principes constitutifs de la trame de l’univers, comme ingrédiens irréductibles et primordiaux du monde, que des points dynamiques, des monades.

Le terme de l’analyse rigoureuse des phénomènes est en définitive la conception d’une infinité de centres de forces similaires et inétendus, d’énergies sans figures, simples et éternelles. On demande ce que sont ces forces, et on prétend qu’il est impossible de les distinguer du mouvement. La force se conçoit, mais ne s’imagine point. Ce qu’on en peut dire de plus clair et de plus vrai, c’est qu’elle est une énergie analogue à celle dont nous sentons au plus profond de nous-mêmes la constante et indéniable présence. « La seule force dont nous ayons conscience, dit M. Henri Sainte-Claire Deville, c’est la volonté. » Notre âme, qui nous donne la conscience de la force, en est aussi le type en ce sens que nous sommes impérieusement contraints, si nous voulons pénétrer dans les mécanismes élémentaires du monde, d’en comparer les activités primitives à la seule activité dont nous ayons une intuition et une connaissance immédiates, c’est-à-dire à ce ressort admirable, tant la spontanéité en est sûre, qui nous permet à chaque instant de créer et en même temps de régler le mouvement.

Le mouvement peut servir à mesurer, non à expliquer la force. Il est aussi subordonné à celle-ci que la parole l’est à la pensée. En effet, le mouvement n’est autre chose que la suite des positions successives d’un corps dans différens points de l’espace. La force au contraire est la tendance, la tension qui détermine ce corps à passer continuellement de l’un à l’autre de ces points, c’est-à-dire la puissance par laquelle ce corps, considéré en un moment quelconque de sa course, diffère d’un corps identique en repos. Évidemment ce quelque chose qui est dans l’un de ces deux corps et qui n’est pas dans l’autre, ce quelque chose que les mathématiciens appellent la quantité de mouvement, et qui se transforme, si le mobile vient à s’arrêter brusquement, en une certaine quantité de