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président de la république se méprenait peut-être : il se laissait peut-être un peu trop aller à cette idée, dont on le berçait, dont on l’assourdissait, qu’on n’avait pas voté contre lui, que les élections étaient dirigées uniquement contre le parlement de Versailles, qu’il suffirait de dégager la situation de ce qu’elle avait encore d’indécis ou d’obscur, d’affirmer complètement la république, pour tout simplifier. De là le caractère de la reconstitution ministérielle qui s’accomplissait à la veille de la rentrée de la chambre par l’accession de M. Casimir Perier, de M. Bérenger, qui venaient de se prononcer plus que jamais pour la république.

C’était une politique plausible assurément, d’autant plus qu’on ne pouvait mettre en doute l’esprit conservateur de M. Casimir Perier, de M. Bérenger, qui tout récemment avait prononcé le discours le plus vigoureux sur l’organisation municipale de Lyon ; mais cela répondait-il aux nécessités du moment ? M. Casimir Perier était-il même sûr d’être suivi par tous ses amis ? En mettant les choses au mieux, on marchait à un second vote du 29 novembre, c’est-à-dire à une majorité incertaine et précaire, composée du centre gauche, de la gauche, des radicaux eux-mêmes, tandis que le centre droit, toutes les fractions de la droite, retrouvant leur cohésion, se ralliaient, s’organisaient pour livrer un combat décisif. Sur ces divers groupes conservateurs, les élections avaient produit un effet surprenant. Tous ces députés, et il y en avait même qui avaient presque toujours voté pour le président, revenaient de leurs départemens dans un état d’animation extraordinaire. Ils le disaient tout haut, le ministère tel qu’il venait de se reconstituer ne leur suffisait pas. Les modérés eux-mêmes de la droite, sans se proposer le renversement de M. Thiers ni de la république, voulaient un changement de système, une politique « résolument conservatrice, » c’était le mot d’ordre. Ils se montraient surtout décidés à ne pas se diviser, et c’est ainsi qu’on se retrouvait le 19 mai à Versailles, au moment où se rouvrait la session parlementaire. Un souffle de combat circulait partout.

Dès la première heure en effet, il était clair que la question se posait dans les termes les plus serrés et les plus pressans, de façon à ne pouvoir être ni éludée ni ajournée. Sans perdre un instant, on déposait une demande d’interpellation sur les dernières modifications ministérielles, et c’est à peine si on laissait au gouvernement jusqu’au lendemain pour fixer le jour de la discussion. Le ministère présentait les projets de lois constitutionnelles, et on refusait même d’entendre la lecture de l’exposé des motifs, qui est pourtant une œuvre savante et habile. Ce qu’il y a de plus curieux, c’est que l’extrême gauche, ne voulant pas être en reste, se hâtait à son tour de proposer une motion réclamant la dissolution de l’assemblée et protestant contre la présentation des projets constitutionnels. Malheureusement ceux qui déposaient cette propo-