Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/729

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M. Thiers lui-même. » C’est sur ce terrain qu’on s’est placé. Rien n’est changé dans le régime public de la France : on veut être seulement un gouvernement plus conservateur avec le maréchal de Mac-Mahon pour président de la république, avec un cabinet parlementaire où sont entrés M. le duc de Broglie comme ministre des affaires étrangères, M. Magne comme ministre des finances, M. Beulé comme ministre de l’intérieur, M. Batbie comme ministre de l’instruction publique, M. Ernoul comme garde des sceaux. C’est une expérience nouvelle qui va se faire, l’expérience de la politique « résolument conservatrice » qu’on demandait à M. Thiers d’adopter et de suivre. Le tout est de savoir ce qu’on entend par la politique conservatrice et comment on prétend la pratiquer soi-même ; nous allons voir les suites de cette aventure nouvelle.

Le ministère nouveau a sans doute envie de vivre et de durer. Il ne se dissimule pas probablement qu’il a bien des difficultés à vaincre. Il trouvera des difficultés dans ses propres engagemens, dans la situation du pays et de l’assemblée, dans les divergences mêmes de toutes ces fractions de la droite par lesquelles il est arrivé au pouvoir, — dans les ambitions, les ressentimens et les intérêts qui lui demanderont satisfaction. Si on en est déjà à transporter un préfet d’un département dans un autre département par cette raison qu’il est protestant et qu’il ne convient pas à un député légitimiste, on peut aller loin. Le ministère peut y réfléchir : il verra que ce qu’il a de mieux à faire, c’est de suivre une politique de mesure et de prudence faite pour rallier toutes les opinions modérées, sans tenir compte des alliés excentriques qui ne pourraient que le compromettre. Il y a surtout un point où le cabinet nouveau va nécessairement avoir à prendre une attitude, c’est ce qui touche aux relations de la France avec l’Italie au sujet de Rome. Le gouvernement nouveau, nous le supposons bien, n’a nulle envie de reprendre des questions qui n’existent plus, qui, si elles se relevaient, provoqueraient immédiatement des complications devant lesquelles aucun ministère ne pourrait tenir, parce que le pays ne le suivrait pas ; mais il ne suffit point d’éviter des conflits directs et violens, il faut se conduire de façon à ne pas réveiller des défiances entre des nations faites pour rester des alliées. Il n’y a aucune raison sérieuse de donner des inquiétudes par un changement de notre ministre à Rome qui pourrait être mal interprété dans un moment où les Italiens se préoccupent nécessairement de ce qui se passe à Versailles. Le gouvernement de M. Thiers avait réussi à rétablir les relations de notre pays et de l’Italie dans les meilleures conditions d’apaisement et de sympathie. Il n’y a point évidemment d’autre ligne à suivre, et M. le duc de Broglie ne doute pas lui-même certainement que le meilleur service qu’il puisse recevoir de ses dangereux amis de l’extrême droite, c’est le silence. La France, éprouvée comme elle l’a été, atteinte de tous les malheurs, a aujourd’hui assez à faire de s’occuper de ses propres intérêts, de