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travailler à se relever dans sa vie intérieure, en restant l’alliée de tout le monde, en évitant par-dessus tout les aventures sans issue.

ch. de mazade.


REVUE MUSICALE.

L’Opéra-Comique, après s’être quelque peu écarté du vieux genre traditionnel avec Roméo et Juliette, vient d’y rentrer par le nouvel ouvrage de MM. Gondinet et Léo Delibes. S’y maintiendra-t-il, ainsi que l’exigeait naguère la société des auteurs ? C’est une question dont le plus ou moins de succès du Roi l’a dit réglera sans doute la solution, car cette fois il s’agit bel et bien d’un opéra comique, et l’aventure ne saurait tarder à nous montrer si l’ancien jeu conserve encore tout son prestige sur cette scène, qui depuis quelque temps paraît tendre à s’élargir. Une chose certaine, c’est que, par ces jours de liberté des théâtres, d’émancipation absolue et de variations de toute espèce, il y a de ces classifications qui ne sauraient subsister. Les genres ne disparaissent pas de ce monde, — la société des auteurs n’a qu’à se rassurer sur ce point ; les genres se modifient, et surtout ils déménagent. Ce qui jadis fut à l’ancien Feydeau, à la salle Favart, est aujourd’hui aux Folies-Dramatiques, aux Variétés, aux Bouffes-Parisiens.

Chez nous, l’opéra comique ne mourra jamais ; il est, pour que cela puisse arriver, trop intimement lié à notre vie commune. Qui voudrait peindre notre mobilité d’esprit la retrouverait dans les rhythmes légers, toujours dansans, qui sont le trait caractéristique du genre. Les Allemands disent thème, nous disons, nous, motif. On peut être fort en thème tout en restant un lourdaud ; il faut être un homme d’esprit pour trouver des mots et des motifs : Rivarol, Boïeldieu, Auber, même famille ! L’opérette, à cette heure flétrie, passée de mode, ne fut en ses plus heureux jours qu’une grossière corruption de cette chose charmante, et comme telle a dû disparaître. Au contraire l’opéra comique a prévalu et prévaudra ; seulement c’est sur nos scènes secondaires que nous le verrons maintenant mener sa fête. Qu’est-ce, par exemple, que la Fille de madame Angot, que tout Paris court applaudir aux Folies-Dramatiques, sinon une joyeuseté du meilleur temps, et qui, paroles et musique, pourrait être tout aussi bien des auteurs du Postillon de Lonjumeau ! C’est aux boulevards que l’opéra comique a désormais pris domicile, et dans les conditions présentes on peut se demander si l’administration du théâtre Favart, plutôt que de se consacrer à maintenir, selon le vœu de la société des auteurs, un genre qui d’ailleurs ne court aucun risque de périr, puisque tant de gens l’exploitent à profit, ne ferait pas mieux de monter d’un cran son style et son système, et d’abonder franchement dans cette voie de l’ancien Théâtre-Lyrique, qu’il