Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/751

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


lancés contre le bâtiment qu’il montait ; aucun ne parvint à l’accrocher, mais l’acharnement que les Grecs mettaient à s’attaquer toujours à sa personne le décida subitement à leur abandonner le terrain. Il se souvint à propos de l’ordre qu’il avait reçu d’opérer sa jonction avec la flotte égyptienne, et lit voile pour Alexandrie. Qu’on juge de l’émotion que dut produire l’apparition d’un pareil concours de navires se montrant dans les eaux de l’Égypte sous les ordres de Khosrew en l’absence de Méhémet-Ali. Des bâtimens légers furent expédiés dans toutes les directions pour en informer le vice-roi ; un régiment de réguliers fut en toute hâte appelé du Caire. La conduite du capitan-pacha ne justifia pas ces soupçons. « Il avait levé, disait-il, le blocus de Missolonghi, parce qu’il ne lui restait plus que dix jours de vivres. De tous les ports ottomans, Alexandrie était celui où les vents régnans pouvaient le plus aisément le conduire, celui où il devait s’attendre à trouver le plus de ressources. Il était venu y opérer la jonction prescrite, mais il ne mettrait pas le pied à terre avant le retour du gouverneur de l’Égypte. » Le 20 août au matin, le navire qui portait Méhémet-Ali fut enfin signalé, à l’entrée des passes. « Le pacha fut rendu, écrit M. Drovetti, aux vœux d’une population consternée et impatiente de le revoir. »

Khosrew voulut être le premier à féliciter le vice-roi de son heureux retour. Méhémet-Ali l’attendait sur les degrés du débarcadère. Là en présence de la foule émue, les deux vizirs se tinrent longtemps embrassés. Le vice-roi donna la droite au capitan-pacha, et ils s’avancèrent ainsi de front vers le palais, « faisant jusqu’au dernier moment assaut de politesse. » Leur conférence fut longue et amicale. En dépit des présages alarmans propagés par la malveillance, ces apparences de cordialité ne reçurent des faits aucun démenti. Le 23 octobre 1825, les flottes ottomanes, au nombre de soixante-six voiles, partaient d’Alexandrie abondamment pourvues de provisions ; le 2 novembre, elles avaient dépassé Candie et manœuvraient pour doubler Cerigo. Les Grecs, à cette nouvelle, quittèrent précipitamment le mouillage de l’Argentière, où ils attendaient le rapport de leurs éclaireurs. Contrariés par de gros vents d’ouest, ils n’arrivèrent que le 8 au matin sous le cap Saint-Ange. Les flottes turque et égyptienne étaient depuis le 5 en sûreté dans le port de Navarin ; elles y avaient débarqué 11,000 hommes et un millier de chevaux.