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II

Suivant l’expression tout à la fois concise et pittoresque du capitaine Ferrin, revenant à la fin de l’année 1825 d’une croisière sur les côtes du Péloponèse et interrogé par l’amiral de Rigny sur les renseignemens qu’il en rapportait, « il n’y avait plus d’affaires en Morée. » Ibrahim parcourait cette province dans tous les sens avec des colonnes volantes de 2,000 hommes : mise à feu et à sang, la Morée se convertissait peu à peu en désert. C’était sur la Grèce occidentale que les armes ottomanes allaient désormais concentrer leurs efforts. Assiégée pour la seconde fois le 29 avril 1825, la place de Missolonghi donnait l’exemple de la plus courageuse résistance. Cette ville ou plutôt « cette bicoque, » comme l’appelle l’amiral de Rigny, avait déjà au mois de septembre repoussé trois assauts. Sa défense héroïque est peut-être le plus glorieux épisode de la révolution grecque.

Le nouveau vizir qui assiégeait Missolonghi en 1825 avait été signalé par la victoire de Petta à l’attention du sultan. Reschid n’avait pas son égal pour conduire un escadron de spahis à la charge, c’eût été le grandir outre mesure que de voir en lui le rival d’Ibrahim. Fils d’un prêtre géorgien, il avait embrassé dès l’âge le plus tendre l’islamisme, et était devenu le protégé de Khosrew. La servitude l’avait fait musulman ; la faveur d’un favori qui avait, ainsi que lui, débuté par l’esclavage le fit arriver, de degré en degré, au commandement suprême des armées de l’empire ; mais la fortune lui fit payer bien cher cette élévation, car elle associa ainsi le nom de Reschid-Pacha au souvenir de deux campagnes désastreuses, la campagne de 1829, qui ouvrit aux Russes le passage des Balkans, et la campagne de 1832, qui après la bataille de Koniah eût amené, sans l’intervention de l’Europe, les Égyptiens sur les rives du Bosphore. Reschid venait d’apaiser les troubles de l’Épire, quand au mois d’avril 1825 il parut devant Anatolikon avec 8,000 hommes : 2,000 Albanais gardaient en outre une série de postes, de Makrynoros, sur le golfe d’Arta, à Kakiscala, sur le golfe de Patras ; 3,000 pionniers, muletiers et valets de camp portaient l’effectif total de l’armée à 13,000 hommes.

Pour se faire une idée des difficultés que présentait le siège de Missolonghi, il suffira de jeter un coup d’œil sur la carte où se trouve représentée cette partie du golfe de Patras. Là, entre l’embouchure de l’Achélous, désigné aujourd’hui sous le nom d’Aspro-Potamos, et la vallée que baignent les eaux du Fidaris, s’étend sur un espace de vingt milles environ une sorte de Lido, de cordon