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entièrement soumis, et les Sphakiotes eux-mêmes payaient régulièrement leur tribut. Reschid était dans l’Attique, où plus d’un village saccagé par Gouras l’accueillait en libérateur. L’anarchie avait pu opérer ce prodige de rendre, après cinq années de guerre, les Turcs moins odieux. La révolution grecque entrait en 1826 dans sa phase vraiment douloureuse.


III

Les nombreux extraits que j’ai empruntés à la correspondance officielle et privée de nos ambassadeurs aussi bien qu’à celle de nos officiers ne peuvent laisser, ce me semble, aucun doute sur la nature des sentimens qui, depuis le commencement des troubles, avaient dirigé dans les affaires du Levant la politique du gouvernement français. Nous nous étions pris d’une sérieuse pitié pour la Grèce ; nous voulions plus sincèrement peut-être que toute autre puissance sauver ce malheureux pays, le soustraire à un joug odieux, l’arracher, s’il était possible, à ses divisions intérieures ; nous n’étions pas d’humeur à faire de son affranchissement un levier pour des ambitions étrangères. Cette préoccupation nous était assurément permise, à une condition toutefois, c’est que nous serions les premiers à nous défendre de toute convoitise personnelle. Si nous donnions à l’Europe sujet de mettre en doute notre désintéressement, nous affaiblissions par cela seul la portée de nos conseils ; si nous cherchions pour la réussite de visées chimériques un point d’appui dans l’un des partis qui déchiraient la Grèce, nous devenions sur-le-champ un objet de méfiance pour les factions opposées. Sous ce double rapport, les démarches des agens officieux qui persistaient à se donner comme secrètement autorisés par le cabinet des Tuileries ne pouvaient que gêner considérablement l’intervention de l’ambassade française. « Que peut-il y avoir, se demandait le comte de Guilleminot, au fond de cette intrigue ? » — « L’idée m’est venue, écrivait-il le 27 décembre 1825 à l’amiral de Rigny, que le gouvernement du roi, par sa tolérance pour une conception si bizarre, n’a voulu que ménager sa popularité dans la question grecque. » Ce fut un grand soulagement pour le circonspect et habile diplomate quand le ministre lui manda enfin « que le roi avait traité de rêveries tous ces projets d’élection monarchique en Grèce, et que l’ambassade n’avait pas à s’en occuper. »

Cet incident vidé, la diplomatie et la station française se promettaient quelques jours de repos. Elles ne tardèrent pas à être troublées dans leur quiétude par des attaques qui leur vinrent à la fois