Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/816

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impitoyable, faisant dm scepticisme, même leur religion et leur foi. Au nombre de ces derniers, nous rangerons un poète gaulois, l’auteur anonyme de cette comédie bizarre qui a pour titre : Querolus, « le Grondeur. » Il faut entendre ce païen, mordu du démon inspirateur d’un Aristophane ou d’un Plaute, railler avec une verve cruelle les derniers soupirs du paganisme expirant. Pour l’auteur du Querolus, tout ministre du culte, desservant de chapelle, astrologue ou diseur de bonne aventure, n’est qu’un parasite vivant grassement aux dépens des fidèles et battant monnaie sur la crédulité niaise de leurs derniers dévots. Le comique va même jusqu’à faire défiler une troupe de prêtres sous le masque irrévérencieux d’oies sacrées qui traversent la scène, criant et caquetant, assourdissant les oreilles de leur pieux ramage. C’est ainsi qu’à son heure dernière le paganisme trouvait encore la force de mourir en riant.

Et pourtant, dans cet universel effondrement de la foi des anciens jours, quelque chose du monde antique était encore resté debout. Tandis que, chassées de proche en proche devant la croix du Christ, les divinités helléniques ou latines trouvaient à grand’peine un dernier asile dans quelque palais patricien ou sous l’humble toit d’un paysan, un dieu survivait à ces dieux abolis, — Rome ; un dogme de foi emplissait encore plus d’un cœur, — la patrie. La ville éternelle, sainte, nécessaire, juste, foyer de toute lumière, source de toute vertu sociale, était depuis longtemps un dieu véritable, résidant parmi les mortels ; depuis longtemps, suivant l’expression d’un poète, elle habitait sur la terre un olympe incorruptible. Quand le polythéisme, battu en brèche et ruiné, s’était incliné vers les symboles platoniciens, on avait expliqué la divinité de Rome comme on expliquait alors toutes choses dans la religion : Rome était devenue une émanation du Dieu universel. L’âme du monde, vivifiant par mille canaux la nature matérielle et la nature morale, se révélait, disait-on, dans la sphère des existences sociales par Rome, principe des sociétés policées, régulatrice du genre humain et tête des nations. Cette conception originale de Rome et de l’empire imprimait aux sentimens patriotiques un caractère d’exaltation mystique et de tendresse rêveuse : elle élevait à la hauteur d’une dévotion l’amour de la patrie.

Mais dans les âmes où brûlait cet amour exalté pour la patrie romaine couvait aussi une haine sauvage pour tout ce qui pouvait menacer l’existence de cette dernière idole. Le christianisme et son dieu né d’hier, sur un sol étranger, chez un peuple réputé « obscène et vil, » le christianisme, qui, pendant trois siècles, « l’aversion du genre humain, » osait aujourd’hui se venger et persécuter à son tour, soulevait chez ces derniers païens des fureurs d’autant plus implacables qu’elles étaient impuissantes. C’était lui, c’était « cette