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sous le cap Matapan. Le 26 mai, il rencontrait sur ce point cinquante voiles égyptiennes qui se dirigeaient vers la Sude ; quelque persévérance qu’il mît à les suivre, Il ne trouva pas une seule fois, pendant cette traversée, l’occasion de les attaquer. Sachtouris fut plus heureux ; le 28 mai, il vit venir à lui l’escadre ottomane, qui escortait le matériel de siège destiné à l’armée que commandait Reschid dans la Grèce occidentale. Sortie des Dardanelles un vendredi, la flotte turque fut attaquée dès le samedi matin entre Ténédos et Lemnos. Les deux escadres restèrent ainsi en présence pendant plusieurs jours, et chaque jour fut marqué par un nouveau combat. Aucun résultat décisif n’avait été obtenu dans ces diverses rencontres. Au passage du canal qui sépare l’Eubée de l’île d’Andros, les Grecs lancèrent sur la frégate de Khosrew-Pacha trois brûlots. La frégate amirale, avec ses 800 hommes, fut consumée en quelques instans : elle portait le trésor de la flotte, mais le rusé capitan-pacha ne s’y trouvait plus ; il avait changé de navire dès qu’il avait été au large des Dardanelles, c’est-à-dire hors de portée de l’actif espionnage des Grecs. Deux corvettes furent également détruites par les brûlots de l’amiral. Sachtouris ; trente bâtimens de transport et une grande quantité de canons de bronze tombèrent au pouvoir de ses bricks de guerre.

Le convoi turc s’était dispersé ; quelques bâtimens cherchèrent un refuge dans le golfe de Volo, d’autres dans le canal de Négrepont. Le capitan-pacha poursuivit sa route vers la Sude. Le 22 juin, le commandant de la canonnière l’Alsacienne jetait l’ancre dans ce port au milieu de deux cents voiles. Le 24 au matin, le commandant de la corvette la Liane prolongeait devant la Canée la queue de cette immense armée, sortie la nuit précédente de la Sude et se dirigeant à l’aide d’une faible brise vers les côtes du Péloponèse. « Les Grecs n’étaient pas en vue. » Les renforts destinés à l’armée d’Ibrahim, conduits par Hussein-Bey et escortés par toute la flotte du capitan-pacha, ne furent en effet rencontrés par Miaulis que le 28 juin dans le voisinage de Cerigo. Une tempête avait éloigné les Grecs des côtes de Candie, le calme paralysa leurs mouvemens quand ils voulurent faire agir leurs brûlots.

Le capitan-pacha louvoyait entre Cerigo et Cerigotte avec un léger vent de sud. Les Grecs se présentèrent ayant le vent pour eux. Formés en deux colonnes, leurs soixante-trois bâtimens, quand ils approchèrent de l’ennemi, se déployèrent sur une seule ligne de bataille. La goélette de Tombazis marchait en tête. La division légère des Ottomans, commandée par le capitan-bey et forte de dix-neuf bricks ou corvettes, engagea la première le combat ; mais bientôt le capitan-bey se replia sur la ligne des frégates. Ces dix