Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/874

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transparente, tout en la maintenant dans une tonalité d’une prodigieuse vigueur. Un ciel nuageux, déchiré par grandes masses, inonde des rayons lunaires une eau calme, presque dormante, éblouissante de lumière et moirée d’ombres bleues ; le tout est fait par empâtemens d’une justesse et d’une puissance extraordinaires. — Le village de Clairvaux de M. A. de Knyff représente aussi un clair de lune. L’astre charmant se lève derrière un coteau, avec une lueur rose et douce. Un village tapi dans l’ombre aux bords d’une rivière reçoit les premières caresses de cette lumière mystérieuse et douce. La flèche brillante d’un clocher, la silhouette frémissante d’un peuplier, se découpent sur l’horizon ; un falot brille à la fenêtre d’une des maisons du village et se reflète dans les eaux de la rivière. Cette petite toile passe inaperçue, et c’est vraiment dommage, car elle est d’un goût très pur et d’un sentiment simple et profond.

Nous voudrions nous arrêter encore devant les Etangs de M. Lambinet, dont le coloris tour à tour lilas, brun et grisâtre, donne au paysage un certain reflet de la sublime tristesse de Ruysdaël, — devant les Bords du Loir, si frais et si gais, de M. Mesgrigny, — devant le Crépuscule d’hiver si mélancolique de M. Lavieille ; nous voudrions comparer les fines toiles vraiment hollandaises de M. Mois aux fantaisies décoratives que M. Justin Ouvrié croit pouvoir parer de noms hollandais. Nous voudrions donner un témoignage d’estime aux essais de style un peu arriérés de MM. Bénouville et Bellel, nous voudrions surtout considérer avec respect les deux toiles bien languissantes de M. Cabat, où l’on ne trouve plus, hélas ! que de faibles traces de son talent ; mais nous chercherions vainement, à défaut d’une couleur toujours absente, quelque chose de l’ancienne vigueur de dessin qui distinguait jadis les tableaux de ce maître. A présent ses arbres eux-mêmes n’ont plus la physionomie fière et fatidique qu’il savait autrefois leur donner ; ils se dressent avec raideur et tordent follement leurs branches sans qu’on puisse deviner pourquoi. Passons donc silencieusement devant ces témoignages de décadence, et allons nous en consoler auprès de M. Yan Marcke, qui est, lui aussi, d’une grande école, et qui, sans faire oublier son maître Troyon, marche aujourd’hui dignement sur ses traces. Le Moulin et la Corderie sont deux scènes champêtres et familières, composées dans le goût des Hollandais plutôt que dans le goût de Troyon et dans des dimensions moindres que celles du maître. La facture en est encore moins énergique qu’élégante, mais elle est plus large et plus grasse que dans les précédens tableaux de M. Yan Marcke. Le Moulin n’est qu’une masure brune dans un vert pâturage où paissent de belles vaches hollandaises au poil roux. Cette toile, qui est certainement fort belle, manque peut-être