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mystérieuse, de plus gracieux que les lignes de son corps souple, jeune et finement modelé. On dirait une scène d’Amphitryon traduite en sculpture. Le même goût fin et franc, la même facture élégante et ferme, se retrouvent dans un buste de jeune garçon, en bronze, à la physionomie fière et un peu dédaigneuse. Ce buste, comme la plupart des portraits modernes, où la solidité sculpturale est sacrifiée à l’apparence de la vie, est légèrement tourné de côté, et il ne repose sur son socle que par la pointe du cou. Il y a là une certaine affectation qui rappelle un peu la manière de M. Carpeaux.

Le Faune dansant de M. Blanchard n’est qu’un rustre à côté du Mercure de M. Moulin. Il a cependant une légèreté d’allures et une élégance de formes qui dénotent chez cet artiste un progrès sensible. Il bondit sur place d’un mouvement suivi, harmonieux, cadencé, en s’accompagnant d’une flûte de Pan. L’originalité manque à ce morceau tout inspiré de l’antique ; mais nous nous sommes promis de rendre justice aux œuvres sages et saines, lors même qu’elles n’auraient rien de très brillant. C’est au même titre que nous, jetons en passant un coup d’œil d’estime sur un buste de jeune femme du même M. Blanchard ; c’est une figure fine, douce et décente, d’une facture pleine, mais sans grand caractère, et qui se fait remarquer surtout par une modération de bon goût.

Il y a bien plus à dire sur l’Andromède de M. Gauthier, et cependant nous n’en dirons que peu de chose, car cet ouvrage n’est pas en progrès sur le Jeune braconnier que son auteur exposait l’année dernière. Le Braconnier n’était lui-même qu’une charmante imitation de l’antique. L’Andromède est plus prétentieuse sans être plus originale. Attachée à son rocher, elle s’affaisse et se contourne dans ses liens ; la jambe sur laquelle elle repose est lourde et gonflée ; le ventre et le bassin, dont la contorsion vise beaucoup à l’effet, sont d’une facture tendue et boursouflée, mais sans véritable ampleur. Il y a certes de beaux morceaux dans cette statue, modelée généralement avec largeur ; mais ce qu’il y a de plus fâcheux, c’est que M. Gauthier n’en est pas l’auteur : il l’a dérobée au musée du Louvre, non sans la gâter notablement, car il n’est pas difficile de voir que cette prétendue Andromède n’est autre que la Vénus de Milo un peu déformée et assez péniblement tordue.

On ne saurait adresser le même reproche à la Fileuse de M. Cugnot, dont le geste n’est pas moins correct et moins classique que la forme. D’un mouvement souple et cadencé qui sent son académie d’une lieue, cette fileuse, d’ailleurs fort bien équilibrée et posée avec grâce suivant toutes les règles, lève les deux bras au-dessus de sa tête pour dérouler son fil. Une draperie ondoyante à longs plis minces et fluides est l’assemblée autour de la ceinturent