Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/895

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paisible, se dessine en trois plans bien simples, et il n’en faut pas davantage pour donner à ce jeune corps toute l’aisance et toute la souplesse de son âge. Dans le fond du tableau, car c’est un véritable tableau que ce bas-relief, d’autres figures plus effacées, mais modelées également en couleurs brillantes et vêtues de robes de soie brochées d’or ou d’argent, tiennent compagnie à la jeune reine plus qu’elles ne prennent part à l’action ; on sait qu’il en est de même dans les missels gothiques et dans les tableaux religieux des vieux maîtres. La dame du tournoi est pour elles le centre de l’action, et c’est de son côté qu’elles se tournent, non sans jeter des regards furtifs sur les combattans. Leurs têtes sont ravissantes, mais leurs corps sont plus imparfaits, soit que l’artiste ait cru devoir laisser les seconds plans indécis, soit que le relief lui ait manqué pour faire jouer l’air autour de ces figures. Du reste, ce genre d’ouvrage doit présenter des difficultés inouïes. La cire, comme chacun sait, ne donne pas de lumières ni d’ombres franches, et la difficulté s’accroît encore de l’emploi de plusieurs cires différentes mêlées, ou rapprochées les unes des autres. Il a fallu une grande persévérance à M. Cros pour ressusciter ce genre évanoui, mais qui, entre des mains comme les siennes, ne saurait manquer de refleurir. Il est d’ailleurs à présumer qu’il ne manquera pas non plus d’imitateurs, pour peu qu’il réussisse à gagner les bonnes grâces du public.


VIII

L’abus de l’imitation, l’absence d’invention, le goût de la bizarrerie combiné avec l’habitude du lieu-commun, tel est le défaut qu’on reproche volontiers aux artistes modernes, et qu’ils dissimulent assez mal sous une profusion d’œuvres banales mélangées de singularités sans valeur. Tout le monde cherche du nouveau, personne ne sait où en trouver, et quand par hasard quelqu’un découvre une veine inconnue, tout le monde s’y précipite, la déflore et l’épuise. Ces prétendues nouveautés sont d’ailleurs d’une authenticité douteuse. La plupart du temps ce ne sont, comme celles de M. Gros, que des résurrections d’un art oublié, si même ce ne sont des imitations disgracieuses d’un art exotique et barbare. En général, ce sont les vieux modèles qui font les frais de toutes les inventions de nos prétendus novateurs ; leurs innovations ne sont que des retours plus ou moins déguisés à l’archaïsme.

Cela est du reste assez naturel, et ce n’est pas là ce dont il faut s’alarmer. En fait d’art, plus encore qu’en tout le reste, il ne peut rien y avoir d’absolument nouveau. Les grandes époques de renaissance n’ont été elles-mêmes, comme leur nom l’indique, que des