Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/899

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Par une prévision du comité de défense, un câble sous-marin a été établi pour communiquer vers la haute et la basse Seine, avec Joigny et Rouen. Pendant quelques jours encore, bien peu de jours, des dépêches peuvent être échangées. Bientôt le câble est découvert et rompu par l’ennemi, le courant électrique cesse d’entretenir une intelligence permanente et suivie entre l’intérieur et l’extérieur. Les messagers les plus hardis ou les plus habiles ne peuvent plus ni entrer ni sortir, c’est tout au plus s’il en passera quelques-uns pendant près de cinq mois. Cours d’eau, chemins de fer, routes, sentiers, tout se ferme brusquement. Que va-t-il rester ? Des ballons allant porter à la province des nouvelles du grand prisonnier qui s’appelle Paris, des pigeons revenant à tire-d’aile porter à Paris de vagues et incertaines nouvelles de la France.

Le blocus se déclare par ce coup de théâtre d’une clôture presque instantanée, et ici s’engage aussitôt l’implacable duel entre la ville assiégée et l’ennemi faisant de Versailles le quartier-général de ses commandemens, de ses princes, de sa diplomatie. Ici commence cette histoire aux élémens multiples : opérations allemandes autour de Paris, organisation, travaux, péripéties de la défense à l’intérieur de la ville captive, politique du siège allant aboutir à la crise du 31 octobre, négociations poursuivies à travers l’Europe et allant se résumer un instant dans le voyage de M. Thiers à Versailles, efforts militaires conduisant aux affaires de la Marne, à Champigny, le point culminant et lumineux du grand drame. le reprends tous ces élémens qui se confondent, tourbillonnent et se perdent dans la confusion de nos héroïques misères.


I

Ce qu’on peut dire assurément, c’est qu’à l’heure où la lutte se resserrait ainsi et s’engageait d’une manière définitive ni les Allemands ni les défenseurs de Paris ne se doutaient qu’ils se trouvaient en présence pour cinq mois, que cet investissement qui venait de se déclarer était en quelque sorte le commencement d’une nouvelle et sanglante guerre en province comme sous les murs de la ville assiégée. Pour l’attaque comme pour la défense, c’était une entreprise pleine d’inconnu. Les Allemands avaient sans doute tous les avantages, ils arrivaient en victorieux, maîtres de leurs mouvemens, confians dans leurs forces, favorisés par la désorganisation même de la France. D’un seul coup, ils avaient brisé le premier élan de la résistance extérieure de Paris, et ils avaient pu établir aussitôt cette ligne continue d’investissement qui enserrait désormais la ville. Ils ne se méprenaient pas néanmoins sur la gravité de