Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/923

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


n’a jamais été éclairci. Toujours est-il que le gouvernement, ne sachant rien, commençait par protester contre des « calomnies » de nature à laisser croire « que le gouvernement trompait le public, et que le glorieux soldat de Metz déshonorait son épée par une trahison… » Assailli de questions, le général Trochu faisait bonne contenance, déclarant que la nouvelle était sans doute « un mensonge intéressé de l’ennemi, » et que du reste « la reddition de Metz ne lui semblerait pas changer la situation militaire de Paris. » Au fond, le général Trochu ne pouvait à coup sûr se méprendre au point de croire indifférent pour « la situation militaire de Paris » un événement qui, en rendant la liberté à 200,000 Allemands, leur permettrait de se porter dans l’intérieur de la France et de déjouer toute tentative de secours. Ce qu’il y avait de plus dangereux, c’était l’attitude assez gauche, assez embarrassée du gouvernement, commençant par repousser avec indignation une nouvelle qu’il était réduit à confirmer trois jours après, et paraissant ainsi donner une apparence de raison à ceux qui l’accusaient de ne pas dire ce qu’il savait, ou d’ignorer ce qu’il aurait pu connaître aussi bien qu’un journaliste démagogue. C’était tout ce qui pouvait le mieux ajouter l’irritation et la défiance à l’émotion bien naturelle de la population parisienne.

Chose plus grave encore, c’est pour ainsi dire sous l’escorte de la triste catastrophe de notre armée de Lorraine que parvenait à l’improviste une autre nouvelle qui, dans des conditions moins violentes, moins tendues, eût été peut-être reçue comme un soulagement. On apprenait tout à coup l’arrivée à Paris de M. Thiers venant s’entendre avec le gouvernement pour aller ouvrir une négociation à Versailles. Par un malheur de notre situation de prisonniers, on se trouvait jeté brusquement en face de cette péripétie nouvelle au milieu de toutes les excitations de la lutte, sans rien savoir depuis plus d’un mois de ce qui se passait en Europe, des mouvemens diplomatiques qui pouvaient s’accomplir, du voyage patriotiquement poursuivi par M. Thiers. Que signifiait cette négociation dont on parlait ? Il ne pouvait être question de la paix, bien difficile à conclure en ce moment. Il s’agissait donc toujours d’un armistice, repris cette fois dans des conditions qu’on ne connaissait pas. Cette idée d’un armistice, à vrai dire, n’avait jamais été tout à fait abandonnée depuis Ferrières, et même un instant, au commencement d’octobre, elle avait pris une forme assez singulière, assez peu saisissable. Des officiers américains, le général Burnside, le colonel Forbes, avaient fait plusieurs fois le voyage de Versailles à Paris, de Paris à Versailles. Ils avaient été attirés, prétendaient-ils, « par la grandeur du spectacle qu’offrait la guerre ; » ils n’étaient que de « simples voyageurs sans caractère officiel. » Ils paraissaient