Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/968

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pression une apparence de mesure régulière en la motivant par toute sorte de considérans laborieusement préparés ; et il s’est imposé la tâche toujours difficile d’avoir à répondre à des interpellations, moins sur la suppression elle-même que sur ces considérans ; rédigés en effet de façon à prêter à des commentaires embarrassans ; mais ce n’est rien encore : voici qu’en pleine discussion on produit tout à coup une circulaire confidentielle émanant du ministère de l’intérieur, et par laquelle on demande aux préfets toute espèce de détails sur les journaux de départemens, sur leurs rédacteurs, sur leur situation financière, sur « le prix qu’ils attacheraient au concours bienveillant de l’administration. » Cette circulaire était sûrement une insigne maladresse, pour ne rien dire de plus, et ce qui est plus naïf encore, c’est d’avoir pu supposer qu’elle ne serait pas connue. Elle a été connue, elle a été lue en pleine assemblée, et le ministre de l’intérieur, M. Beulé, en a été visiblement déconcerté. Pour le coup, les bonapartistes se sont réjouis de la divulgation, en trouvant seulement que les conservateurs d’aujourd’hui étaient des conscrits, M. Beulé était vraiment fort malheureux, d’autant plus qu’il ne connaissait pas lui-même la fameuse circulaire, ou du moins il ne l’avait connue qu’après qu’elle avait été expédiée, ce qui n’était pas trop une excuse pour un ministre de l’intérieur. N’importe, la majorité lui est venue en aide, elle a voté sans conviction l’ordre du jour, et tout a fini par la démission du sous-secrétaire d’état, M. Pascal, qui était l’auteur de la circulaire et qui a payé les frais de l’aventure.

On a évité un échec, mais il ne faudrait pas recommencer souvent ce jeu périlleux. On fera bien surtout d’écrire moins ; puisque les circulaires réussissent peu au ministère. Qu’on laisse donc de côté les vulgaires pratiques, qu’on s’accoutume à prendre pour ce qu’ils valent tous ces petits moyens, qui servent si peu et qui risquent de beaucoup compromettre ceux qui ne dédaignent pas d’y avoir recours. Le meilleur moyen que puisse employer le gouvernement nouveau pour prendre un équilibre qu’il n’a pas encore, pour se fortifier, c’est d’aborder, de concert avec l’assemblée, les grandes questions qui intéressent réellement le pays. Ce n’est pas le travail sérieux qui manque ; on n’a qu’à s’occuper de la loi sur les municipalités, qui paraît déjà prête, de la loi sur l’organisation de y armée, sur laquelle la commission de l’assemblée et le gouvernement se sont mis d’accord. Enfin, si l’on veut faire une œuvre réellement, essentiellement conservatrice, qu’on se mette à élaborer une loi électorale. Voilà bien des travaux de l’ordre le plus sérieux dont l’assemblée et le gouvernement peuvent s’occuper ensemble sans préjugés, sans préventions, sans esprit de parti, simplement avec la résolution de faire de ces œuvres politiques la base de la réorganisation de la France.

Un homme va manquer désormais à cette tâche de bien public, à l’assemblée, dont il était un des vice-présidens, à l’Académie française,