Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/969

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à laquelle il appartenait depuis longtemps, et on nous permettra d’ajouter à nous-mêmes, dont il était le collaborateur : c’est M. Vitet. Il vient de s’éteindre après quelques jours de maladie, dans la plénitude de ses facultés. C’était une de ces natures éminentes qui réunissent tout, l’esprit politique le plus ferme, le goût littéraire le plus élevé et le plus fin, le sentiment des arts le plus épuré. M. Vitet avait une carrière déjà longue où il avait déployé tous ses dons généreux, tantôt dans les assemblées, tantôt dans des œuvres comme les états de Blois, comme Eustache Lesueur, comme la Monographie de l’église de Notre-Dame de Noyon. Avec l’intelligence la plus diverse et la plus brillante, M. Vitet portait au fond de l’âme un ardent patriotisme. Nous nous souvenons encore de ces émotions éloquentes qui l’agitaient pendant le siège de Paris et qu’il traduisait dans des lettres publiées ici même, faites pour devenir une des forces morales de la défense. Il supportait avec nous cette épreuve, bientôt il lui était donné de coopérer comme député à une paix qui l’attristait profondément. Il disparaît maintenant au milieu de cette œuvre de réparation qui s’impose à tous, et dont il eût été un des plus utiles, un des plus illustres ouvriers.

Il y a aujourd’hui un pays en Europe qui pour son malheur possède tous les fléaux de la politique, la désorganisation dans ses pouvoirs, l’indiscipline dans son armée, la guerre civile dans ses campagnes, la détresse dans ses finances : ce pays, c’est l’Espagne. Comment l’Espagne sortira-t-elle de l’aventure où elle est engagée, où ses forces s’épuisent depuis près de six mois ? Une seule chose est certaine, il n’y a de progrès que dans la décomposition, dans le désordre, et ni les élections qui ont eu lieu dans le mois dernier, ni les cortès constituantes qui viennent de se réunir, ne semblent faites pour ramener le calme dans les esprits, l’argent dans le trésor, la fixité dans les institutions, pour pacifier la Navarre et la Biscaye, occupées par les carlistes, ou le midi, agité par les socialistes. Puisque la république existait sans avoir été encore officiellement proclamée, puisqu’il y avait un gouvernement républicain, les élections ont été naturellement ce qu’elles sont toujours au-delà des Pyrénées, la victoire complète et exclusive du parti en apparence dominant. Des conservateurs, il n’y en a plus en Espagne, ils ont disparu, on en compte à peine quelques-uns dans l’assemblée nouvelle ; il n’y a plus que des républicains, — mieux encore, il n’y a que des républicains fédéraux. Qui l’aurait cru il y a quelques années ? qui pourrait même dire aujourd’hui, en modifiant légèrement un vieux dicton, que ce n’est pas la république en Espagne, quelque chose comme ce qu’on appelait autrefois un château en Espagne ? Les nouvelles certes constituantes se sont donc l’assemblées l’autre jour à Madrid, et à peine. ont-elles été réunies qu’on s’est empressé, à la première difficulté, d’appliquer aux maux du pays le remède unique et souverain, la proclamation officielle et définitive de la république fédérale. Qu’est-ce que la république fédé-