Page:Revue des Deux Mondes - 1873 - tome 105.djvu/971

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gnies de chemins de fer pour leur laisser la liberté de leurs parcours. L’ordre règne partout où on ne se bat pas, où l’on ne s’insurge pas, comme cela s’est vu récemment à Vicalvaro, aux portés de Madrid, à Grenade, où il y a eu lutte à main armée, avec morts et blessés, entre les soldats et le « peuple. »

Comment en serait-il autrement ? Tout se désorganise à vue d’œil, il n’y a plus ni lois respectées ni apparence d’autorité régulière, la confusion est universelle. Le chef du nouveau ministère vient de commencer par déclarer avec solennité aux cortès que le gouvernement est décidé à sauver « la république et l’ordre, » qu’il veut « faire de l’ordre. » Et avec quoi fera-t-il de l’ordre ? Est-ce en abolissant la conscription et en multipliant les volontaires, qui sont les plus, dangereux artisans de désordre, ou en prenant pour ministre de la guerre le premier venu, qui commence par promettre la réforme des ordonnances sur la discipline et la révision de tous les états de service ? Avec quoi même le gouvernement peut-il vivre, puisque le crédit de l’état est absolument perdu ? Ce qui est bien clair pour le moment, c’est que, si la république est à Madrid, les carlistes s’établissent de plus en plus ou se promènent dans tout le nord de l’Espagne, en Biscaye, en Navarre, en Catalogne, et l’on n’a aucun moyen de les réduire, ni même de les forcer à se battre quand ils ne le veulent pas.

Rien n’est plus étrange en vérité que cette guerre, et les expéditions des généraux du gouvernement commencent à devenir d’assez plaisantes choses ou d’assez tristes aventures. Depuis plus de deux mois, le général Nouvilas, qui avait été d’abord rappelé à Madrid pour être ministre de la guerre, est revenu dans le nord. Il combine des plans de campagne mystérieux, il distribue des colonnes, il se dispose à frapper un coup infaillible ; chaque jour, il est sur le point d’envelopper ou de dissoudre les bandes carlistes, il va prendre tous ces chefs de l’insurrection, Dorregaray, Elio, Lizarraga ou le curé Santa-Cruz, puis tout d’un coup on télégraphie mélancoliquement : « Le plan de Nouvilas a échoué ! » Et en effet il a échoué, ce plan, puisque les carlistes sont partout, excepté sur le chemin de Nouvilas ; ils vont jusqu’à la côte recevoir des armes, ils passent de Biscaye en Navarre, ils menacent Bilbao, Saint-Sébastien ou Irun, ils traitent avec le chemin de fer du nord pour laisser circuler les trains moyennant rançon, et aussi à la condition qu’on s’engage à ne pas transporter de troupes. Bien mieux, on ne sait pas le plus souvent où est le général Nouvilas ; on a récemment envoyé de Madrid un ministre pour se mettre sur ses traces, pour arriver à savoir ce qu’il devenait, ce qu’il projetait ; le secret de ce voyage de découverte n’a pas été divulgué. En Catalogne, le général Velarde, chargé de diriger la campagne contre les carlistes, n’est vraiment pas plus heureux. Ce qu’il a fait se réduit à rien, et, comme il était, il y a peu de jours, à Igualada, sa division s’est insurgée, a refusé de lui obéir ; il a été obligé