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de partir avec ses officiers, il est allé jusqu’à Valence, d’où il aurait envoyé sa démission, que le gouvernement aurait refusée. On parle même de donner au général Velarde des pouvoirs extraordinaires, et qu’en ferait-il de ces pouvoirs extraordinaires, s’il n’a qu’une division toujours prête à s’insurger ? Le fait est que la mutinerie est devenue l’état habituel des troupes du gouvernement, et que les carlistes procèdent en Catalogne comme en Navarre. Ils sont bien plus maîtres du pays que le gouvernement ; ils lèvent des contributions, ils font des décrets sur la circulation des journaux, ils vont jusqu’aux portes de Barcelone, ils bloquent des villes comme Manresa, où l’on ne peut plus entrer, d’où l’on ne peut plus sortir. L’infant don Alphonse, frère de don Carlos, chevauche paisiblement avec sa jeune femme dans les montagnes, faisant de la Catalogne sa vice-royauté ; de temps à autre, il fait son entrée dans quelque petite ville. La campagne est son domaine, mais la république fédérale est proclamée avec enthousiasme, à Barcelone comme à Madrid !

Ainsi vont les choses. L’Espagne n’a qu’une chance, c’est que les carlistes, assez forts pour le moment de toute la faiblesse, de la désorganisation de leurs adversaires, n’ont pas une puissance réelle par eux-mêmes, ils n’avancent guère après tout, quoiqu’ils soient arrivés à grossir leurs bandes et même à avoir du canon. S’ils avaient représenté une cause moins impopulaire, s’ils avaient été autrement conduits, ils auraient pu faire du chemin en Espagne. Comme tous les autres partis, ils manquent d’hommes ; ils ont sans doute quelques chefs hardis et non sans habileté, tels que le général Elio, Dorregaray ; ils n’ont pas une tête, et de plus ils sont, comme tous les autres, dévorés de divisions et de rivalités. Ils sont de force à tenir devant une armée désorganisée, ils ont peu de chance de dépasser l’Èbre, s’ils vont jusque-là Les deux adversaires peuvent se combattre longtemps encore sans se détruire. Le malheur est que plus cette situation se prolonge, plus toutes les forces régulières, modérées, vraiment libérales, se dissolvent et se dispersent, et par cela même chaque jour enlève à l’Espagne les élémens naturels d’un gouvernement fait pour la tirer de ce chaos, pour lui rendre la paix et la sécurité à l’abri d’institutions protectrices. {(d|ch. de mazade.|3}}


REVUE LITTERAIRE.
Lettres portugaises. Lettres de Mlle Aïssé, suivies de celles de Montesquieu, de Mme Du Deffant, etc., publiées par M. Eugène Asse. Paris 1873.

Les personnes qui cherchent dans les lettres intimes les confidences et les épanchemens de la passion, comme celles qui veulent y trouver des renseignemens historiques, accueilleront avec faveur la publication de M. Eugène Asse. Cette publication ne contient rien d’inédit, mais elle a