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prévoir, il calcule le volume des gaz qui sont dégagés et la quantité de chaleur qui est développée par la réaction. Le produit de ces deux nombres représente jusqu’à un certain point l’énergie de la détonation. Nous allons transcrire quelques-uns des chiffres de M. Berthelot : le premier représente toujours la chaleur fournie par 1 kilogramme de la matière considérée, le second le volume des gaz dégagés, et le troisième le produit de ces deux quantités; faute de mieux, il pourra servir de terme de comparaison pour la puissance explosive.


Chaleur Volume des gaz Force explosive
Poudre de mine 509 calories 0,173 litre 83
— de guerre 608 — 0,225 — 137
— de chasse 641 — 0,316 — 139
Poudre à base de nitrate de soude 764 — 0,248 — 190
— de chlorate de potasse 972 — 0,318 — 309
Poudre-coton 590 — 0,801 — 472
Acide picrique 687 — 0,780 — 536
Picrate de potasse 578 — 0,585 — 337
Mêlés : Poudre-coton 1420 — 0,484 — 680
de chlorate : Acide picrique 1424 — 0,408 — 582
de potasse : Picrate 1422 — 0,337 — 478
Nitroglycérine 1320 — 0,710 — 939

Ce tableau est fort instructif. On voit d’abord que la poudre de chasse est celle qui donne le plus de chaleur, c’est-à-dire le plus grand travail théorique : c’est une poudre vive ; néanmoins elle n’a guère plus de force explosive que la poudre à canon. La poudre de mine, qui renferme beaucoup moins de nitre, donne aussi beaucoup moins de chaleur et moins de force. On pourrait donc croire qu’un excès de nitre augmenterait la force explosive : il n’en est rien; une poudre qui en renfermait 84 pour 100 nu lieu de 75 développait, il est vrai, plus de chaleur, jusqu’à 673 calories; mais la force explosive tombait à 75. On se trouve ainsi ramené par tous les chemins à l’ancien dosage consacré par une expérience séculaire. Nous constatons ensuite que la poudre à base d’azotate de soude a plus de force que la poudre ordinaire à base d’azotate de potasse. Elle a été employée avec avantage aux travaux de l’isthme de Suez; elle serait aussi moins chère; malheureusement elle est lente à s’enflammer et est très hygrométrique, ce qui en rend la conservation difficile. La poudre au chlorate de potasse est une poudre brisante, à effet rapide : en même temps, elle est très inflammable et détone au moindre choc; la préparation de ce mélange a donné lieu, comme nous l’avons vu, à de terribles accidens[1]. Un fait très curieux qui ressort des chiffres du tableau,

  1. Les balles explosives, dont l’horrible effet a été constaté en Angleterre par des expériences faites sur des cadavres de chevaux, et dont l’usage à la guerre a été proscrit par une convention internationale, étaient remplies avec une pâte formée de chlorate de potasse et de soufre.